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L’élu 2.0 : une version 2 de la politique ?

En pleine actualité des municipales, l’occasion était rêvée pour aborder cette question du numérique chez les élus qui touche non seulement nos élus mais aussi tous nos concitoyens qui sont préoccupés par les enjeux économiques, éducatifs ou culturels du numérique et dont la nature même de la relation avec leurs élus est jeu.

Nous le savons, l’air du temps n’est pas très tendre avec les politiques en ce moment même si les élus locaux, comme le maire, gardent encore une bonne côte de confiance auprès des citoyens. Au delà de ce désamour profond,  de cette défiance, sans aucun doute accentuée par la crise économique et ses conséquences, je me suis interrogé sur l’évolution du lien qui unit l’élu à ses concitoyens et sur l’impact de la révolution numérique sur cette relation.

Panneau - Municipales 2014

Et puis, il m’a semblé important de voir de quelle façon les élus faisaient face aux nouveaux enjeux numériques de leur territoire et à l’évolution des services et des compétences traditionnels de leur mandat.

Quelle est le degré de connaissance du numérique chez les élus français ?

いろいろな年齢の人物C’est sans doute la première question qui fâche. Pour comprendre, et même si cette grille de lecture ne doit pas être exclusive, il suffit de prendre connaissance de la pyramide des âges de nos élus.

Dans une étude comparative récente avec à l’Allemagne, l’Espagne, la Suède et la Slovénie, le Centre d’analyse stratégique pointait que notre assemblée nationale est caractérisée un âge médian supérieur à celui de tous les autres pays étudiés, soit environ 60 ans en 2010 avec une surreprésentation des 51-60 ans  et des 61-70 ans. Pas vraiment des digital native.

Alors globalement, on peut dire que que numérique commence vraiment à constituer un enjeu important pour les élus mais que nous sommes très en retard par rapport à de nombreux pays. N’oublions pas qu’il subsiste dans notre culture un vieux fond de technophobie ou de techno-scepticisme, que notre bon vieux Minitel national, qui constituait un formidable atout dans les années 80 s’est transformé en boulet et a finalement retardé le développement d’Internet en France. Et que, jusqu’à une période assez récente, les TIC étaient considérées comme une nouvelle mode, un gadget, au mieux une infrastructure de télécommunication mais rarement un élément structurant d’une politique publique.

Il a fallu attendre 2007 pour avoir un secrétaire d’Etat au numérique, soit près de 15 ans après le début d’Internet alors que de très nombreux pays, souvent en développement ou émergents ont intégré cette dimension numérique dans leurs politiques publiques depuis très longtemps.

Quels enjeux numériques et donc quelles politiques publiques numériques pour nos villes, nos régions, notre pays ?

Creating Tablet Applications

Le numérique étant par nature transversal, les enjeux de politiques numériques sont partout. Désormais, le point d’entrée principal est souvent le développement de l’économie numérique car c’est un enjeu industriel structurant et bien sûr un défi pour l’emploi.

Les institutions publiques, les collectivités, les services de l’Etat, les banques publiques cherchent à aider les start-up à se développer, à se financer, à se vendre à l’International. Il y a aussi de nombreuses politiques publiques pour développer des infrastructures de très haut débit universelles et à bas prix pour permettre un aménagement équilibré du territoire, un développement l’éducation numérique à l’école et dans les universités, un soutien aux industries culturelles dans leur transition numérique, au secteur des jeux vidéos, de la musique ou la presse. Mais aussi un effort pour développer le télétravail et le coworking mais aussi, un chantier immense pour dématérialiser une ensemble de services et de procédures administratives qui permettent plus d’efficacité, de rapidité et d’efficacité pour les citoyens.

Par exemple, payer ses impôts, la cantine ou ses places d’Opéra en ligne mais aussi les parking par SMS, accéder aux archives municipales à distance, réserver sur Internet un emplacement de parking lors d’un déménagement, etc. Plus largement, on rejoint les sujets de la ville intelligente, la fameuse ou la fumeuse smart city, dont nous avions déjà parlé. Et puis, un autre enjeu s’est récemment invité dans le débat : la question de l’ouverture des données publiques à travers le mouvement de l’Open Data qui, nous l’avions vu, est source de nombreuses innovations de services et créateur d’activité économique.

Selon le think tank Renaissance numérique, le numérique est présent dans 60% des programmes municipaux cette année et on constate que des propositions déjà anciennes issues de la société civile, sont enfin reprises par les candidats : zone de Wifi publique, guichet de services numérique, applications mobiles citoyennes, télétravail, équipement des écoles, affichage municipale numérique…

Au delà de ces différentes mesures, on peut dire que les principaux enjeux structurant sont de permettre une stimulation de l’économie numérique, un développement de nouveaux services, un effort pour réduire la fracture numérique mais aussi un enjeu sur le renouvellement de la démocratie.

Justement, de quelle façon le numérique peut aussi jouer un rôle dans le renouvellement démocratique ? peut-on parler de démocratie numérique ou d’élu 2.0 ?

Internet-revolution_0

Le terme très à la mode de 2.0 correspond dans son origine à la version 2 d’un logiciel. Mais il désigne aussi la révolution du web social, celui qui inverse la pyramide de diffusion de l’information et du pouvoir, permet à chacun d’être producteur et acteur de l’Internet, introduit une dynamique de réseau et de transversalité. Ce qui par extension signifierait qu’une démocratie 2.0 ou démocratie numérique aurait un autre mode d’organisation que celle que nous avons inventé en 1789.

En France, nous vivons dans un régime fois présidentiel très fort et un système représentatif à bout de souffle, ce qu’explique très bien le sociologue Pierre Rosanvallon dans son ouvrage « La Légitimité démocratique » où il décrit des modes de représentativité nouvelles, issues du bouleversement de la société de l’information.

C’est sans doute cela qui est vraiment en jeu. Les citoyens ne se sentent plus représentés par leurs élus mais est-ce qu’une question d’âge du capitaine ou d’intégrité ? N’y a t-il pas aussi une nouvelle forme de démocratie à inventer qui s’appuierait davantage sur l’expertise et la participation concrète des citoyens à la vie de la cité ? A l’heure de la société de l’information et de la connaissance, de la mise en réseau globale où l’information circule librement, il est sans doute temps d’inventer une démocratie en réseau, plus participative, plus décentralisée. C’est ce que John Husband décrit parfaitement dans son concept de wirearchie dont nous avions déjà parlé.

 Une organisation en réseau qui rebat les cartes du pouvoir et qui remet le peuple au coeur de son exercice.

À propos Jean Pouly

Fondateur d'Econum, cabinet conseil spécialisé sur l'économie numérique et le développement durable.

8 plusieurs commentaires

  1. Excellente analyse ! Avec le minitel, je rajouterai que « la fracture numérique », réelle au départ mais quasi dépassée aujourd’hui dans la population (si on regarde le taux d’équipement) … a aussi servi d’alibi à une génération de décideurs politiques pour ne pas prendre le numérique à sa juste mesure et ne pas remettre en question leurs politiques publiques (par manque de vision et d’innovation…) et leurs organisations (carence de formation et de renouvellement des profils en interne). Oui, la culture « 2.0 » avec sa dynamique de réseau et de transversalité percute le schéma de nos administrations et tend à bousculer les règles du jeu… ce n’est qu’un début.

Lire les articles précédents :
Le télétravail vu par ceux qui n’ont jamais télétravaillé

Force est de constater que les préjugés ont la vie dure. Même si il existe (probablement) des exceptions, la journée...

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