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Le projet Darwin à Bordeaux va-t-il disparaître ?

Darwin c’est cet ambitieux projet de développement durable et de transition urbaine installé à Bordeaux dans l’ancienne caserne Niel au bord de la Garonne. Un écosystème d’associations autour d’un espace ce coworking et d’une pépinière qui se voit menacé par la décision de la métropole de Bordeaux de chasser les associations du lieu pour démarrer un projet immobilier.

Une décision qui risque tout simplement de tuer le projet Darwin.

Explications de Jean-Marc Gancille, co-fondateur et directeur de la transition écologique du groupe Evolution, porteur de Darwin.

Jean-Marc Gancille - Darwin 

Zevillage : Bordeaux Métropole a donné 6 mois aux associations gravitant autour dans l’écosystème Darwin pour quitter les lieux. De qui s’agit-il ?

Jean-Marc Gancille : Il s’agit des associations hébergées et soutenues par Darwin sur un hectare autour et en lien avec les activités entrepreneuriales. Ces associations ont un impact énorme sur le projet car elles sont une composante majeure de l’approche « écosystémique » du lieu. Darwin n’a de sens que parce qu’il fait cohabiter des dynamiques entrepreneuriales et associatives, parfois informelles. De là naissent des innovations et de la transversalité.

Quand par exemple des artistes ou des spécialistes d’agriculture urbaine enrichissent un projets d’entreprise, et inversement, cela possède des vertus que seule une dynamique de proximité peut réussir. L’intérêt de Darwin c’est de montrer que quand on est plus horizontal, inclusif, ouvert, cela engendre des bénéfices. 

On n’est pas là pour juste « gérer notre boutique ». On porte un message militant de transformation, une vision de société. On n’arrivera pas à changer les choses si on porte des projets cloisonnés. On a atteint les limites des projets verticaux et descendants.

Amputer le projet Darwin de ce bouillonnement associatif, c’est passer à côté de ce que l’on fait ici. Je vois bien que ce n’est pas facile de faire passer notre message car ce que l’on fait est inhabituel, cela casse les manières de penser et de travailler des institutionnels.

Je comprends aussi que cela heurte ou soit inconfortable ou empiète sur des prés carrés. Mais nous voulons prendre notre part dans cette transition urbaine.

On est à un moment critique de notre histoire. Soit on parvient à sortir par le haut et à trouver une solution pour maintenir tout ou partie de l’existant, soit on revient à la gestion d’un coworking et d’un restaurant. Cela compromet le projet global et c’est un mauvais message envoyé sur l’enjeu de transition, une mauvaise image pour Bordeaux.

Caricaturalement, les promoteurs immobiliers créent des boîtes qu’ils plaquent sur un territoire. Mais cela ne marche plus de plaquer des projets pensés d’en haut. Ce qui marche ce sont les projets portés par les acteurs du territoire.

On pourrait parfaitement s’entendre, en théorie, car le souci des promoteurs c’est de monter des projets avec une âme. Or, pour une fois qu’ils disposent d’une âme inédite, ils n’en tiennent pas compte.

Malgré l’espoir et l’évidence de notre réussite, malgré la notoriété, malgré le modèle sans argent public, on n’en tient insuffisamment compte parce qu’on déroule un projet décidé il y a 10 ans sans s’autoriser à l’amender en tenant compte du réel. 

Pourtant la surface qu’occupent les associations c’est seulement 1 hectare sur les 34 hectares du projet de ZAC.

Halle de Darwin

Hall d’accueil de Darwin et entrée du Magasin général – Crédit : Les Sauvages

Zevillage : Sait-on pourquoi la métropole de Bordeaux a posé cet ultimatum aux associations?

J.-M. G : La métropole a mandaté un aménageur qui a acquis le foncier et déroule son mandat selon un projet prévu depuis 10 ans. Mais ils déroulent un peu brutalement. On a à faire à un rouleau compresseur. C’est la matérialisation des difficultés à faire émerger des nouveaux modèles.

Or faut-il s’en tenir à la commande prévue il y a dix ans ou la modifier au vu de l’expérimentation de ville en transition réalisée par Darwin ? Impossible de faire entendre comprendre cette vision à la hauteur de son potentiel de transformation. C’est d’autant plus inexplicable que l’on gère d’autres projets avec la ville et que cela se passe bien.

Le maire (NDLR : Alain Juppé) nous a toujours soutenu avec bienveillance. Mais des intérêts locaux assez puissants – et que la popularité de Darwin dérange probablement – ont une part d’influence significative. Il nous revient même aux oreilles des rumeurs folles : nous n’aurions en fait que des buts lucratifs ou nous rognerions sur la sécurité pour gagner plus d’argent !

Le maire n’a certainement pas conscience à quel point cette décision concernant le associations compromet le projet. Il faudrait réenclencher la confiance initiale pour qu’il puisse entendre l’intérêt pour la ville de ce propos.

Dans un territoire qui prétend être ouvert à l’innovation c’est incompréhensible. Darwin c’est aussi 230 entreprises, 100 M€ de chiffre d’affaires, 500 000 personnes qui fréquentent le site chaque année. Une richesse pour la ville, non ?

Coworking chez Darwin

Vue du coworking chez Darwin – Crédit : Les Sauvages

Zevillage : Cette décision compromet-elle vraiment le projet ? Ne risque-t-il pas de devenir un simple « centre d’affaires » sans son écosystème ?

J.-M. G : Aujourd’hui on est dans un entre deux. C’est le flou sur les associations et on est en attente. Mais, à priori, à ce jour c’est pluôt une fin de non recevoir sur le fait de sécuriser l’hectare dédié aux associations.

Si c’est non, il n’y a pas d’accord possible avec l’aménageur car leur projet n’est pas du tout dans le même esprit que Darwin.

On est dans une mutation des modèles urbains, économiques, de société. On ne réussira pas avec ceux qui ont échoué comme le disait Einstein. Il faut accepter le risque, il faut lâcher prise et faire confiance aux acteurs du terrain. 

À propos Xavier de Mazenod

Fondateur de la société Adverbe spécialisée dans la transition numérique des entreprises et éditeur de Zevillage.

Un commentaire

  1. C’est vraiment triste de voir Darwin dans une telle situation. On a beau être « concurrent » sur certains aspects, il faut bien reconnaître que c’est un beau projet, innovant et porteur de sens.

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