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La salle des fêtes : un tiers-lieu qui se disait pas ?

Les tiers-lieux sont des espaces flous : ni maison, ni travail, un peu à soi et surtout aux autres. C’est un lieu de vie et collectif. Il y a des objets herméneutiques qui nous rappellent ce que l’on avait oublié. La salle des fêtes était un lieu de vie partagé, n’y-avait-il pas quelque chose d’un tiers-lieu avant l’heure ?

Salle des fêtes rurale

Il y a des lieux tiers qui ne semblent jamais avoir été. Zevillage est une mise en abîme de ma petite histoire.
Je suis une enfant de la ruralité bretonne d’un petit bourg : Monterblanc. Je ne vais pas vous faire le coup du Cheval d’Orgueil. Je n’y parlai pas breton et pourtant il m’arrivait de cracher par terre.

Il y avait pourtant quelque chose de l’ordre du sensible qui nous rapproche. Je ne parle pas de la guerre de clocher ou de la guerre des boutons. Il y avait un esprit de village, des lieux de rites et de sociabilité. On pourrait avoir cet air de Petit Pays de Cesaria Evora mais cela nous éloignerait vers la Mélancolie.

Je pourrais vous parler de ces lieux de vie que sont les cafés ou les églises mais ils sont trop monomorphes. Quand je pense aux tiers-lieux, ça va vous paraître étrange mais je pense à la salle des fêtes.

Attention, mes lunettes ne sont pas celles du coworker mais celles du citoyen usager.  J’ai navigué sur le web pour avoir une représentation iconique de ce que je souhaiterais vous dire. Je n’en ai trouvé qu’une seule : la salle des fêtes de mon enfance.

J’ai fait ce choix à la lumière de deux articles que j’ai lus dans ce média. Le premier : Quels services pour les tiers-lieux ? de François Duport, nous expliquait : “Le tiers-lieu ou l’espace de coworking ne se limite pas à la mise à disposition de tables et de chaises. C’est avant tout un lieu de vies, multiples et complexes. C’est une nouvelle façon d’aborder le monde du travail où se mélangent allègrement le travail, le réseau et les besoins du quotidien.

Il disait quelque chose du projet social que représente ce type d’espace en zone rurale.

La salle des fêtes comme projet social ?

Au-delà du projet professionnel, c’est l’endroit du métier à tisser social. Il est peut-être là pour recoudre des fils ou plutôt créer de nouvelle forme d’urbanité rurale.

Françoise Dubost posait la question, en 1990, du lotissement comme implant urbain en milieu rural. Oui, mais visiblement ma salle des fêtes est de l’époque où est née cette projection de l’urbain dans le rural.

On appelait aussi cette salle polyvalente car comme son nom l’indique, elle a plusieurs fonctions. J’y ai ri, mangé ou encore renversé mes petits pois sur mon copain Anthony. C’est le lieu commun de mon enfance.

Vous avez dit Zevillage le site participatif d’informations consacré aux nouvelles formes de travail : télétravail, travail à domicile, coworking, travail collaboratif, mobilité ? Pourquoi nous parle-t-il de salles des fêtes ? Patience ! Zevillage n’est-il pas le média du projet ?

Médiathèque de Monterblanc

Cette salle a quelque chose qui résonne en moi de spécial, c’était ma cantine, la salle de spectacle de fin d’année, la pièce où l’on s’inscrit au club de football (Allez les verts et blancs), on y dansait sur les Sonerien Du, on se rendait à la mairie, les gens s’y mariaient, y étaient heureux et parfois y faisaient un adieu.

Bref, on y faisait société ! Cette salle des fêtes était caméléon car on y retrouvait les services de la mairie. On y faisait sa première expérience citoyenne.

Du lien social

On peut dire que cette salle est le projet du lien social, de l’usage fonctionnel et de l’expression de la créativité communale.

Si je reprenais les termes de Loïc Richer dans son article les tiers lieux en réseau, nouveau levier d’attractivité : la “communauté devra « habiter » le lieu c’est à dire, en être l’animatrice ou, à minima, la principale co-animatrice avec le porteur institutionnel”.

Effectivement, un tiers-lieu comme une salle des fêtes demande de l’engagement pour être des espaces de vie. Ce n’est pas encore le commun. Il reste que cette ressource partagée donne un lieu pour co-créer du sens. Ce sont les symboles d’une communauté dynamique qui par mimétisme incitent les autres à partager. D’ailleurs, ce comité pensait l’espace non pas à l’échelle d’un lieu mais du territoire.

Aujourd’hui, ces comités des fêtes se raréfient au grand dam de ces habitants.

Crions vive les tiers-lieux : la démarche n’est pas lieu fixe, c’est une vision globale entre culture, travail, loisir d’un collectif qui veut grandir ensemble.

Un lieu ou des lieux tiers ?

La question semble facile pour l’entrepreneur qui s’engage, mais notre engagement au service de la ruralité nous oblige souvent à dépasser nos fonctions.

Pour re-citer l’article de Loïc Richer “Au-delà de l’offre d’hébergement, finalement la plus simple à lancer, c’est bien une communauté d’entrepreneurs qu’il faut créer et peut-être une communauté tout court.

J’ai été frappé quand j’ai été visité l’Espace Public Numérique de Hauteville-sur-Mer. Bien sûr, on pourrait se dire encore un lieu avec une imprimante 3D pour jeu d’échec. J’ai envie de vous dire pas tout à fait. Les usagers ne le sont devenus qu’à partir du moment où ils ont compris le sens de la démarche. Cela va vous paraître anecdotique mais un jour de pluie pouvoir imprimer l’embout de son auvent, n’est-ce pas là une forme de service fondamental pour un estivant ?

Cet espace, plus makerspace que troisième lieu, a répondu à un besoin qui a conduit à le fréquenter plus souvent.

On y acculture au numérique des grands-parents souvent deuxième éducateur de l’enfant. On y répare l’usager, on y est agile sans s’en rendre compte et frugal parce que tout à plusieurs vies.

Les communautés d’entrepreneurs sont très importantes pour nos villages. Les affaneurs ont peut-être disparu mais les coworkeurs ne réinterprètent-ils pas la transhumance ?

Le tiers-lieu n’ajoute-t-il pas du sens à la communauté car au-delà de la salle des fêtes, il entreprend pour faciliter l’entreprise ?

Il y a quelque chose de l’empowerment des citoyens pour les mettre en capacité d’affronter ce monde qui vient. Pour beaucoup, il n’est pas encore là alors même que l’on n’interprète plus le travail de la même manière.

Qu’est-ce que représente le télétravail, le nouvel artisanat, pour celui qui subit encore l’enclavement ?

Cet entre-trois n’est pas la maison et pas vraiment le travail. Finalement le tiers pour reprendre ZeVillage c’est travailler mieux, vivre mieux, progresser ensemble. Oui, il faut le retour de l’esprit de la salle des fêtes !

 

Sources :

À propos Nicolas Le Luherne

Nicolas Le Luherne
Nicolas Le Luherne est directeur des Ateliers Canopé de Beauce, blogueur, chroniqueur pour le Thot Cursus, Ludomag et Educavox. Il est administrateur de l’Association Nationale des Acteurs de l'École, coordinateur des dossiers ruralité apprenante et francophonie. Professeur au lycée professionnel Philibert de l’Orme à Lucé jusqu’en août 2016, il a intégré différents outils numériques tels que les tablettes, les jeux sérieux, la réalité augmentée, la cartographie numérique en diversifiant les approches pédagogiques. Il s'intéresse l’impact de la culture numérique sur nos sociétés, notre citoyenneté et nos démocraties notamment à l’esprit critique et au complotisme.
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