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Quand observer la forêt nous aide à penser l’entreprise !

Cet été, je suis parti en vacances avec quelques lectures, parmi lesquelles la très médiatisée (campagne d’affichage dans les couloirs du métro parisien) Vie secrète des arbres parue aux éditions Les Arènes. L’auteur, Peter Wohlleben, est garde forestier allemand et a consigné en un ouvrage ses observations accumulées au fil des années. J’ai imaginé, au fur et à mesure de la lecture, quelques parallèles avec le monde de l’entreprise.

Foret dans les Vosges

Loin de moi l’idée de passer pour un expert en biomimétisme, je m’étais tout de même lancé dans cette lecture avec l’espoir d’en tirer quelques enseignements !

Couramment appliqué dans des domaines variés tels que le design, l’architecture, l’industrie ou même le sport, le biomimétisme consiste à s’inspirer de la nature au sens large (espèces vivantes, flore, matières ou fonctionnements) pour innover ou tout simplement en retranscrire certaines caractéristiques (les ailes des oiseaux ont inspiré les ailes des premiers avions). Les documents sur une biomimétique de écosystème forestier au service du pilotage d’entreprise ou du travail sont assez rares mais commencent à apparaître.

Voici donc quelques observations, qui n’engagent que leur auteur mais qu’il ne serait pas insensé de suivre avec ses collaborateurs !

Petits et grands : tout le monde a une place (à prendre puis à laisser) !

Dans la forêt, la cohabitation des arbres de différents âges est un excellent exemple pour représenter l’évolution de chacun dans une entreprise.

En effet, chaque collaborateur est utile à l’entreprise selon son niveau d’expérience (de croissance oserais-je dire). Ainsi, dans la forêt : les grands arbres font de l’ombre aux petits et seuls 3% des rayons de soleil, nécessaires à la croissance des jeunes, atteignent le sol de la forêt. Les sous-bois sont hostiles au jeune arbre comme le monde de l’entreprise peut l’être lorsqu’on y fait ses premiers pas ! Mais en contrepartie, les réseaux de racines des grands arbres nourrissent les plus faibles par échanges souterrains et permettent ainsi leur croissance !

A la fin de sa vie, le vieil arbre tombe et le plus robuste des jeunes arbres au-dessous peut enfin grandir et étendre son branchage. Il deviendra à son tour un individu fort pour le groupe. Chacun ayant un rôle à tenir, les jeunes arbres, à leur tour, régulent l’humidité et la température du sous-bois, ce qui est vital aux autres organismes ! Et plus important que tout, ils sont la relève, le futur de la forêt !

De ces constats naissent certaines réflexions managériales :

  • vouloir une « entreprise jeune » n’a pas plus de sens que vouloir une « entreprise de seniors ». Respecter une pyramide des âges bien équilibrée, à l’instar des individus d’une forêt, est un point extrêmement important et sain !
  • enseignons à nos jeunes collaborateurs que si les anciens font de l’ombre malgré eux, ce n’est pas une raison pour les abattre ! Au contraire, qu’ils se nourrissent de leur expérience. Pourquoi ne pas encourager la transmission de savoir par l’accueil ou l’organisation d’accompagnements de juniors par les plus expérimentés ?
  • enfin, encourageons les échanges entre les générations en mêlant les équipes, en impliquant juniors et seniors en même temps sur tous les dossiers. (La répartition des dossiers est malheureusement souvent affaire d’âge et d’expertise…)

Le réseau et la communication

La vie secrete des arbresAvancer et grandir seul est illusoire. Sans connexions ni échanges, c’est le dessèchement assuré.

Dans un système collaboratif comme l’entreprise, il faut encourager les échanges internes et externes ! Les échanges internes doivent même être au cœur de l’organisation. Et non quelque chose que l’on fixe comme une contrainte et que l’on subit (la réunionite !).

Dans la forêt tous les individus sont physiquement reliés entre eux par réseaux souterrains et aériens (racines, branches, champignons, bactéries, insectes…). Il existe également un mode de communication reposant sur l’échange aérien de molécules.

A chaque situation son canal de communication. Lorsque les moyens de communications sont enrayés, c’est la mort assurée pour une partie de la forêt. C’est une observation essentielle pour une entreprise moderne ! Si nos collaborateurs ne communiquent pas, le futur s’annonce très compliqué. De nos jours, beaucoup d’outils existent qui facilitent les échanges mais ils ne fonctionneront pas seuls et leur utilisation sera facilitée par :

  • une confiance entre les collaborateurs permettant une communication fluide et efficace.
  • de la transparence à tous niveaux pour permettre un échange de toutes les informations.
  • une bonne ambiance au sein de vos équipes favorisant la transmission d’informations moins  formelles mais tout aussi nécessaires.

En cela, les nouveaux modes d’organisations prônés par le « mouvement » des entreprises libérées (je vous conseille en passant la BD Les entreprises libérées aux éditions les Arènes) sont tout à fait facilitateurs des flux de communication. L’abolition des structures pyramidales est bénéfique au partage d’informations car l’espace entre collaborateurs se réduit !

Le rôle fondateur du temps !

Le temps est une composante essentielle dans l’évolution de la nature. Certaines forêts sont debout depuis des millénaires. Il faut le prendre en compte dans la gestion de nos projets et entreprises et lui donner l’importance qu’il mérite !

Nous sommes souvent dans une lutte face au temps. Au temps qui file, au temps qui nous manque cruellement. Mais admettre, sur un projet par exemple, que le temps est l’un des paramètres essentiels de succès est primordial ! Il permet le mûrissement des acteurs et de la réflexion. Tout vient à point à qui sait attendre : Quel merveilleux proverbe !

Tout finira par arriver même si la croissance peut sembler longue ! Si les pré-requis de base sont respectés, si le travail est assuré parfaitement, il ne reste plus qu’à laisser le temps œuvrer.

Penser éco-système en entreprise !

Dans la forêt il y a bien sûr les différentes variétés d’arbres mais aussi d’arbustes, de plantes et fleurs ! Les champignons, très importants, les bactéries et enfin gravitant autour de tout cela, les insectes et animaux. La forêt c’est tout cela, et il serait erroné de ne considérer que les arbres. Il en va de même pour l’entreprise, ne compter que l’ensemble des salariés pour la représenter serait une erreur. Même en ajoutant fournisseurs et clients, le tableau sera toujours incomplet !

Regardons nos entreprises dans leur globalité, avec leurs interactions sur les marchés, les locaux, les initiatives concurrentes, les organismes qui régissent… Pour dresser ce tableau, demandons-nous quelles sont les entités autour de nous dont la disparition ou un changement de comportement modifieraient l’équilibre et le fonctionnement de notre entreprise ? Il y en a beaucoup !

Et c’est pour cela que le métier de pilote d’entreprise demande de posséder une vision élargie et une certaine prise de recul.

L’importance au niveau du recrutement : Lorsque nous recrutons c’est souvent par nécessité d’une ressource ou d’un talent particulier et nous nous focalisons là-dessus. Mais la nouvelle recrue va faire partie de notre forêt ! Cela veut dire qu’elle va, en plus d’apporter ses compétences, devoir contribuer à un équilibre, un projet collectif dans lequel sa propre évolution est un sous ensemble du projet global ! Quel doit donc être le bon ratio à suivre entre son expertise et sa capacité à collaborer à l’ensemble ?

Et c’est là que l’on peut sentir la limite du biomimétisme. L’être humain, et surtout l’impact que la société moderne dans laquelle il évolue a sur lui, est certainement éloigné de la simplicité de l’écosystème forestier.

Les carriéristes pensent-ils que l’évolution de l’entreprise est plus importante que la leur ? Les jeunes ambitieux n’ont-ils pas envie de pousser les seniors vers la sortie ? Les paresseux fournissent ils leur part équitable de travail nécessaire à la croissance du groupe ? Les auto-centrés peuvent-ils avoir cette vision globale et positive du groupe qui avance ?

Difficile de répondre à toutes ces questions, mais ce qui est certain c’est qu’elles rendent le métier de chef d’entreprise passionnant !

À propos François Byrski

François Byrski

Ex-directeur général de l’agence de web marketing Digitalkeys, il se consacre maintenant à la mise en place de solutions innovantes dans le domaine du travail, des tiers lieux et de la nature !

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