Fantasme de beaucoup d’élus locaux, le télétravail allait repeupler les campagnes. Mais, jusqu’ici, ce rêve ne s’était pas massivement réalisé. Or, cela c’était avant la pandémie de la Covid-19. Depuis, beaucoup d’urbains sont passé à l’acte et se sont installés à la campagne.

Dès la fin mars, certains se posaient la question : le coronavirus prépare-t-il la revanche des campagnes ? Et pointaient les effets pervers de l’urbanisation : «  La ville symbolisait l’émancipation et l’espoir de promotion sociale. Mais ce n’est plus le cas en ce début de siècle. Pour beaucoup, les villes sont devenues des prisons absurdes où l’on réside dans le seul but de gagner assez d’argent pour avoir les moyens d’y résider… Trois habitants sur quatre rêveraient d’en sortir, mais l’absence d’emplois dans les territoires moins densément peuplés les oblige à participer à l’incroyable course à l’échalote des prix de l’immobilier. »

Et l’on vous passe les « externalités négatives » de la ville : pollution, insécurité, bruit, métro-boulot-dodo… Pas étonnant donc que 8 cadres sur 10 disent vouloir quitter Paris !

Une statistique aux résultats assez stables depuis 15 ans. C’est même devenu un marronnier dans la presse avec son sondage annuel. Et les pourcentages de candidats au départ varient peu, entre 70 et 80%. Dit autrement, les Français sont 60% à vivre en ville mais 65% à vouloir vivre à la campagne.

Rêverie compensatoire de campagnes

Alors, pourquoi ces urbains déçus de la ville ne passaient-ils pas à l’acte et qu’est-ce qui a changé avec le coronavirus ?

En 2019, un sondage de Cadremploi faisait le constat que les cadres voulaient quitter Paris mais étaient retenus par leur travail. Un constat que nous faisons aussi sur Zevillage depuis 16 ans.

La plus faible densité d’employeurs, surtout dans des spécialités rares ou pointues, rendent parfois difficile de trouver des postes dans son domaine d’activité. Et tout le monde n’a pas forcément envie de changer de métier ou de vie pour s’installer éleveur de chèvres ou maraîcher en permaculture.

De plus, il peut être difficile de trouver, au même endroit et au même moment, un second poste pour son conjoint.

Quittez la ville, le télétravail vous le permet

Avec le coronavirus, la donne a changé. D’abord, il est indéniable que l’envie de campagne n’a pas diminuée. Et, a même augmenté. On nous disait que le télétravail n’était pas possible, le confinement nous a prouvé que si.

Pour quitter la ville, certains avaient déjà choisi des modes de vie pendulaires, préférant conserver leur travail dans une agglomération pour pouvoir vivre à la campagne ou dans une petite ville. Le Parisien fait ainsi un portrait de ces pendulaires : « Ces navetteurs qui vivent parfois à plusieurs centaines de kilomètres de leur lieu de travail, restent minoritaire. Et le reportage précise que selon un rapport de l’Insee sur « les mobilités professionnelles des individus », publiée en juin dernier, environ 3,3% des Français travaillent dans une région différente de leur lieu de résidence. Cependant, avec la crise sanitaire et le confinement, les aspirations ont changé. Certains veulent vivre dans un cadre plus agréable et le télétravail rend ce rêve possible »

En effet, le télétravail a changé la donne. Certains comme l’ex-Datar ou Zevillage étaient convaincus que le télétravail allait permettre de s’installer où bon nous semblait (voir, en particulier, la vidéo dans cet article). Mais le grand basculement se faisait toujours attendre.

Exode urbain vers l’Orne

Pendant le confinement, Orange avait mesuré avec l’Insee les variations de population par département. L’Orne était l’un de ceux qui avaient gagné le plus d’habitants, 10% de la population totale.

Le président du conseil départemental, Christophe de Balorre, faisait un point de la situation sur RTL le week-end dernier :

«  On mesure une augmentation de la population précise-t-il. Par exemple dans les collèges du département nous avions, d’après les statistiques de l’Education nationale, une prévision de rentrée avec une perte d’environ 150 élèves. En fait, en septembre, on a constaté une progression d’un peu plus de 250 élèves. »

Mais d’autres éléments prouvent la croissance de population comme l’augmentation de demandes de prestations de rénovation chez les artisans.

« Les agences immobilières, également, rencontrent une augmentation très sensible des demandes, des renseignements et des visites également. »

L’Orne comptait beaucoup de résidents secondaires qui se sont confinés dans le département. Dont une bonne partie a choisi d’y rester à plein temps : « Un certain nombre ont souhaités franchir le pas et ont cherché – et pour certains ont trouvé – du travail dans le département ».

Dans cet article, Bernard Vachon détaille le même phénomène au Québec : «  Une étude de l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec révèle que “de juin à août, il y a eu 41 % plus de transactions dans les régions qui entourent la métropole, qui elle n’a connu qu’une hausse de 20 %.” Les municipalités situées à environ une heure ou une heure et demie de route du centre-ville de Montréal ont connu une véritable explosion des transactions. Sainte-Agathe, Saint-Sauveur et Saint-Adèle dans les Laurentides sont en tête du classement. La Rive-Sud ne fait pas exception. À Granby, par exemple, l’activité immobilière a augmenté de 72 %. »

L’envie était là depuis longtemps mais ces néo-ruraux ne passaient pas à l’acte. Le télétravail de masse, dégradé et forcé, ainsi que l’incertitude sanitaire ont donné le coup de pouce nécessaire à cet exode urbain. Pour paraphraser Mark Twain, ils ne savaient pas que télétravailler était impossible, alors ils l’ont fait.

Photo de Lukas Schweizer chez Unsplash