A l’usage, on constate que les élus et les collectivités locales ont du mal à saisir les enjeux du très haut débit pour tous car ils connaissent mal le sujet. Si je radote trop, dites-le moi mais je pense utile de revenir sur le sujet 😉

Plusieurs gouvernement successifs ont décidé – dans les faits – de ne pas bousculer France Telecom afin de ne pas trop fragiliser son modèle économique et ses investissements de lignes téléphoniques via fils de cuivre.

Le choix technologique de l’ADSL via ces fils de cuivre a donc été confirmé au détriment d’autres technologie d’avenir. Un choix qui favorise l’opérateur historique en milieu rural où il est le seul à disposer d’un réseau.

Quel très haut débit rural ?

Pour être bien certain de conserver plus longtemps ce monopole de fait, l’ancien président de France Telecom, Thierry Breton, avait déployé tout le savoir faire en lobbying de son entreprise et son poids personnel pour faire signer dans l’urgence aux départements une charte dite des Départements innovants.

Pour faire court, cette Charte évince dans les faits les concurrents et permet à l’opérateur historique d’avancer le déploiement à son rythme. Les élus peuvent mettre en avant dans leur bilan le développement du “haut débit” grâce à l’ADSL ainsi que leur qualités de gestionnaires soucieux des contribuables car ce plan mirifique ne coûte rien aux collectivités locales (il ne manquerait plus que ça !).

Derrière les effets d’annonce, la réalité haut débit rural par ADSL est moins belle. La couverture n’est pas totale et les débits sont loins des 20 Mbps théoriques en zones urbaines dégroupées. La réalité c’est plutôt des débits de 256 Kbps, voire 50 bps quand ne réside pas à côté du répartiteur de France Telecom. Le terme de haut débit est volontaitement utilisé les opérateurs de manière abusive puisqu’on a fabriqué l’équivalence haut débit = ADSL. Malheureusement, elle n’est pas symétrique et ADSL n’égale pas forcément haut débit.

Je passe vite sur les pratiques déloyales et les abus de position dominante de l’opérateur historique (qui agacent du monde). Cela entraineraient une digression trop longue.

Heureusement, la porte de la concurrence s’ouvre. Mais l’opération de Thierry Breton a réussi: France Telecom a gagné du temps pour prendre des parts de marché ADSL. L’opérateur historique est compétent en lobbying amis aussi en marketing : un client abonné via ADSL en milieu rural n’est pas prêt de le quitter pour une technologie “alternative”, surtout quand elle est un peu plus chère.

Et en plus, l’ouverture de la concurrence en milieu rural est complexe et prend du temps. Si j’en crois ce billet de Megathud (juriste dans une collectivité locale), les procédures sont lourdes et l’Etat n’arrange pas les choses. Les préfets se mêleraient même de favoriser des ententes entre opérateurs !

Le monopole, voilà l’ennemi du très haut débit

Tout cela n’apporte pas de “vrai” très haut débit aux utilisateurs finaux, surtout en milieu rural. Le wimax est l’une des bonnes opportunités à court terme mais les collectivités locales feraient bien de commencer à se poser la question de la fibre optique pour tous. Pas si utopique qu’on pourrait le penser. Une pétition en ligne marque même l’intérêt grandissant des “Français d’en bas” pour cette qualité de service.

PS : à la lumière de la stratégie de FT pour maintenir son monopole sur le fil de cuivre, il faudrait surveiller que l’ancien opérateur public ne nous refasse pas le coup avec son réseau de fibre optique. C’est bien parti pour si l’on croit ce document “maison” d’octobre 2005 (fichier PDF) dans lequel on peut lire :

” Pour France Télécom, l’accès optique est un enjeu majeur et résulte d’une stratégie volontariste pour que les clients (résidentiels ou professionnels) accèdent à des services de plus en plus nombreux et performants dans les années à venir. Il s’agit donc d’un investissement pour l’avenir, mais pas seulement en termes de gains en débits immédiats: toute l’infrastructure mise en place sera en effet capable, après demain, de supporter les normes futures et de supporter des débits beaucoup plus élevés.

Ceci pourrait condamner définitivement les technologies cuivre qui montrent actuellement leurs limites, notamment lorsqu’elles sont utilisées sur l’ensemble de la boucle locale. Il n’en est rien puisque les architectures mixtes optique/cuivre représentent des solutions très efficaces qui pourraient être déployées dans un premier temps.

Les accès optiques représentent donc une opportunité pour France Télécom de se positionner en leader des opérateurs innovants. Cependant leur déploiement est fortement conditionné par l’évolution du paysage réglementaire.”