Le télétravail est bien parti pour rester, après la pandémie de la Covid-19, un mode de fonctionnement normal intégré à nos organisations de travail. Certains architectes, opérateurs du tourisme et hôtels l’ont anticipé, d’autres saisissent des opportunités avec le coronavirus.

Le tsunami de la Covid-19 a bousculé nos organisations du travail, c’est rien e le dire. Tout le monde sait aujourd’hui ce qu’est le télétravail, une grande partie de la population active l’a testé pendant le confinement et a pu en mesurer les bénéfices et les difficultés.

Repenser l’aménagement des logements

1er constat du confinement, les logements ne sont pas tous adaptés au télétravail. Deux mois enfermés à travailler sur la table de la cuisine, beaucoup ont essayé, en sachant que c’était provisoire. Mais si le télétravail prenait plus d’importance, se pérennisait, si le nombre de jours en télétravail augmentait, il faudrait trouver d’autres solutions.

Or, comme le reste de nos vies, le travail est subordonné au déplacement vers le bureau, lieu unique de travail. Et donc, les logements ne sont pas prévus pour y accueillir un bureau.

Certes, il y a des exceptions. En 2011, nous avions visité le lotissement du télétravail à Melesse, à côté de Rennes : 180 logements et des équipements collectifs pensés pour le télétravail.

On peut aussi se dire que tous ces immeubles de bureaux qui se vident pourraient être aménagés en logements compatibles avec le télétravail.

Mais cette idée, apparemment de bon sens, n’est pas si simple à réaliser.

La piste de la construction d’immeubles mieux adaptés à nos nouveaux modes de vie semble la plus sage. Comme ce superbe campus 100% bois, l’Arboretum, qui va sortir de terre à Nanterre, en banlieue parisienne.

Mais construire et transformer le parc immobilier pour l’adapter aux nouveaux usages du travail ne va pas se faire en un jour. Le temps immobilier est un temps long.

Accor, précurseur du coworking à l’hôtel… et ailleurs

Depuis quelques années les entreprises ont adhéré avec leurs salariés au concept du coworking jusque là majoritairement fréquenté par des freelances. Et cela n’a pas échappé aux acteurs de l’immobilier d’entreprise.

Le groupe Accor a été assez visionnaire pour diversifier son activité en direction du coworking. En 2017, il est entré à hauteur de 50% dans le capital de Nextdoor, la filiale « coworking » de Bouygues immobilier. Dans l’opération, AccorHôtels apportait « son expertise unique en matière de relation client, de services hôteliers et de conciergerie, ainsi que d’exploitation de sites en France et à l’international ».

Ce n’était pas la seule activité du groupe dans ce domaine. La chaîne d’hôtel Mercure a testé une offre d’espaces de travail, Easywork, dans plusieurs établissements.

En 2019, Nextdoor devient Wojo. Un changement de nom qui traduit une accélération de la stratégie d’Accor : « Le groupe réinvente l’hôtellerie, non pas comme un lieu ou un service, mais comme une succession infinie de moments connectés ». L’offre Wojo sera déployée progressivement dans toute la gamme d’hôtels du groupe dans le monde entier !

Accor investit également, à hauteur de 37%, dans MamaWorks, l’offre coworking de MamaShelters, les « boutique hôtels » de la famille Trigano.

A l’inverse des exemples précédents, Deskopolitan, acteur parisien d’espaces de coworking haut de gamme s’est lancé il y a quelques mois dans le Bed & coworking qui, comme son nom l’indique, propose des chambres d’hôtel en complément de leur offre de coworking.

La Covid 19 convertit les hôtels au coworking

Plusieurs hôtels ont eu l’idée de proposer du coworking à la journée dans leurs chambres désertées pour cause de coronavirus. Dont Accor qui a lancé une offre en Grande-Bretagne.

Le choix de Londres n’est pas un hasard. Outre-Manche, télétravailler dans un hôtel est plus fréquent que chez nous comme l’explique cet article du Monde : «  A Paris, le fait de travailler à l’hôtel n’est pas très développé. A Londres, ça l’est totalement, explique Eric Omgba, cofondateur du groupe hôtelier Alboran (douze hôtels en France). Notamment parce que le marché du travail est très différent, avec une forte proportion d’indépendants qui n’ont pas de bureau. Plus le prix de l’immobilier augmentera à Paris, plus on ira vers cette situation. Aujourd’hui, un hôtelier doit se demander si, d’ici trois ans, cela a un sens de garder ses chambres telles qu’elles sont et son restaurant tel qu’il est.».

Pierre & Vacances, l’opérateur de villages de vacances, a, cet été, déployé une offre télétravail appelée Venez travailler chez nous.

Offre télétravail Pierre & Vacances

Plusieurs hôtels indépendants ont aussi surfé sur la vague télétravail, avec des succès modestes. Pas surprenant car les chambre d’hôtels ne sont pas forcément adaptées au télétravail. Sièges pas très confortables pour de longues journées de travail, tables trop petites.

[Ajout] : La société Bigouden Makers a levé des fonds pour reprendre un hôtel fermé à Pont-l’Abbé en Bretagne. Elle «  ambitionne de créer un tiers-lieu mêlant coworking et coliving (nouveau type d’habitat partagé). Coffee-shop et commerce au rez-de-chaussée, salles de coworking, cinq chambres et deux appartements à louer à l’étage… ».

Mouvement inverse, les entreprises se mettent à adopter les codes de l’hôtellerie : terrasses, espace lounge, bureaux moins grands, mieux équipés pour la vie collective, doublés d’espaces de coworking individuels.

Toutes ces tendances traduisent un besoin de flexibilité amené ou amplifié par la pandémie du coronavirus et la banalisation du télétravail. Une fois le virus disparu ou maîtrisé pour de bon, il sera difficile de revenir en arrière.

(Voir aussi l’article du Figaro)

Photo de Mara Conan Design sur Unsplash