Vous avez suivi l’histoire d’Adama Cissé, agent d’entretien licencié par une filiale de la société Derichebourg pour avoir été vu faisant la sieste sur la voie publique pendant sa pause ? Une histoire exemplaire qui en dit très long sur notre vision de l’entreprise et du management.

Mardi 14 janvier, la situation d’Adama Cissé, agent d’entretien, était examinée par le tribunal des prud’hommes de Créteil à la suite de son licenciement pour faute grave.

En septembre 2018, M. Cissé faisait la sieste – pendant son temps de pause -, allongé devant une vitrine. Souffrant d’une cheville, il s’était déchaussé et devait s’allonger. Malheureusement pour lui, un passant l’a pris en photo (cliché apparemment twitté par une internaute qui en plus fait pris le soin de notifier la presse) avec un commentaire désobligeant sur l’utilisation des impôts des parisiens utilisés à « payer les agents d’entretien à roupiller ». Une injustice semble-t-il car M. Cissé faisait une sieste sur son temps de pause comme il l’explique dans ce reportage.

Video Adama Cissé-repos - sieste

Son employeur, Plysotis, une filiale de la société Derichebourg, l’avait alors licencié pour faute grave. Et subit depuis deux jours un « bad buzz » sur les réseaux sociaux.

L’entreprise a bien tenté de se défendre par voie de communiqué marquant peu de compassion : « Le Groupe Derichebourg a toujours attaché une attention toute particulière à l’exemplarité de ses salariés. Par notre décision nous souhaitons protéger l’ensemble de nos collaborateurs impliqués au quotidien à rendre une qualité de service irréprochable auprès de nos clients ».

Balance tout le monde

On peut aborder cette anecdote dramatique de plusieurs manières. Sous l’angle de la délation via les réseaux sociaux, un comportement à l’origine du licenciement. On peut se poser la question en effet du lynchage permanent en ligne et de sa condamnation. Mais, en même temps, de la demande de Name & Shame comme on l’a encore récemment vu au sujet de la discrimination à l’embauche.

On peut aussi aborder cette histoire sous l’angle juridique du licenciement, ce que va traiter le tribunal des prud’hommes.

Mais ce qui nous intéresse ici c’est l’angle de… la sieste, de la pause et du repos. Et de l’image que la société et l’entreprise en ont.

Conditions de travail, pause et productivité

A priori, l’attitude d’Adam Cissé est condamnée. Il est allongé devant sa vitrine donc c’est un feignant ou un tire-au-flanc. Et, en effet, c’est ce qu’a supposé le photographe.

Dans notre culture, la sieste, le repos c’est mal. C’est une perte de temps qui fait baisser la productivité. Un truc de paresseux.

Or, la sieste est une bonne solution pour rester en forme, donc productif. Surtout quand son travail est pénible. Comme celui de M. Cissé, évidemment, mais le travail statique de bureau ou pour tous ceux qui « font » des journées longues.

La culture du présentéisme feint de croire qu’on est productif (et créatif) 7h30 par jour, toute la semaine, tous les jours. Et que donc la moindre pause est une perte de temps productif. Illusion.

Illusion parce que nous ne sommes pas des robots. Notre santé, notre moral connaissent des hauts et des bas. Vous êtes aussi productif que d’habitude après une nuit blanche ou enrhumé ?

Quel est le bénéfice pour l’entreprise d’ignorer cet état de fait ? Alors qu’autoriser les salariés à se reposer quand ils en ont besoin permet, au contraire de maintenir leur productivité.

Ce serait plus malin de le reconnaître, on a tous nos coups de mou.

Vous n’êtes toujours pas convaincus des bénéfices qu’il y a à laisser les salariés se reposer s’ils en ont besoin, voire à faire une petite sieste ? Certaines entreprises pourtant l’ont mis en oeuvre, comme Renault, Criteo ou Adidas. A vous de voir.

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