Article co-écrit par Grégoire Epitalon (libertalia.work), Blandine Cain (le 50 Coworking), Xavier de Mazenod (Zevillage), Denis Verron (Neomobis)

Les accords de performance collective (APC) se focalisent sur les réductions de salaires pour sauver des emplois mais il existe d’autres solutions. Et la fin du bureau, on en parle ?

Accords de performance collective : de quoi parle-t-on ?

Plusieurs entreprises (Ryanair, Derichebourg, L’Équipe) commencent à actionner le levier des “accords de performance collective”. Créés dans le cadre de la réforme de 2017, les accords de performance collective peuvent être négociés à l’échelle de l’entreprise pour préserver le niveau d’emploi. Ils agissent pour cela sur divers leviers : durée du travail, rémunération, mobilité professionnelle ou géographique dans l’entreprise…

Le problème des accords de performance collective

Si le niveau de rémunération des salariés n’est pas le seul levier des APC, il en constitue pourtant le point dur. D’où les grands reproches qui sont leur sont faits :

  • Un chantage à l’emploi ? Sans entrer dans le débat, on peut se demander si la “performance collective” sera bien au rendez-vous après une réduction drastique de la masse salariale.
  • Une solution de court terme ? En réduisant le pouvoir d’achat des travailleurs, les APC favorisent une “politique de l’offre”. Or, pour faire face à une crise économique de grande ampleur, il faut surtout protéger la demande. Donc, pas seulement l’emploi, mais aussi le niveau des rémunérations !

Et la fin du bureau, on en parle ?

Avant d’envisager de réduire les salaires, pourquoi ne pas envisager la fin des bureaux ? L’immobilier est le deuxième poste de coût des entreprises de services. Sa réduction permettrait de récupérer des marges de manoeuvre financières, sans porter atteinte au pouvoir d’achat des salariés.

Pour un nombre croissant d’entreprises du tertiaire, le seul usage du bureau qui apporte encore de la valeur ajoutée, c’est la collaboration, le lien et la cohésion. Il n’est donc pas vital pour une entreprise de conserver des postes de travail individuels. Il existe de nombreux exemples d’entreprises qui sont passées au “100% télétravail” dans le secteur numérique : WordPress, Gitlab, Comet, Boond Manager

Quelles modalités juridiques pour la fin du bureau ?

L’employeur est dans l’obligation de fournir un local de travail à ses salariés. Plusieurs arrêts de la cour de cassation (n°08-44.865, n°14-21.893, n°14-13.305) établissent que l’employeur, s’il oblige un salarié à utiliser son domicile sans lui fournir de local dédié, doit l’indemniser pour la sujétion résultant de l’occupation du domicile à des fins professionnelles.

Il est donc envisageable de carrément supprimer les surfaces de bureau d’une entreprise. À condition d’indemniser les salariés ! L’espace de travail étant désormais financé au prorata de son usage, l’entreprise peut réaliser des économies tout en revalorisant les salaires de ses travailleurs. Les entreprises devraient aussi proposer à leurs salariés en télétravail la prise en charge d’un espace de coworking proche de leur domicile. Cette solution peut constituer une solution complémentaire ou de substitution au télétravail à domicile pour éviter tout isolement social.

Pour ou contre la fin du bureau dans les accords de performance collective ?

Nous avons déjà évoqué plusieurs avantages de la réduction des surfaces de bureaux : allègement de la structure des coûts de l’entreprise, revalorisation des salaires des travailleurs via l’indemnisation de l’utilisation du domicile au lieu du bureau. On pourrait aussi évoquer la réduction des déplacements domicile-travail, avec tous les gains économiques et écologiques que cela implique.

D’un autre côté, on peut critiquer la faisabilité de cette approche sur plusieurs points :

  • temporalité : la rigidité inhérente aux baux commerciaux fait de cette approche une solution moins abordable à court-terme que les réductions de salaire. Il faut attendre que le bail touche à sa fin pour le renégocier ou y mettre fin.
  • complexité organisationnelle : la suppression du bureau ne peut s’appuyer que sur une culture et des pratiques collaboratives déjà très bien rodées au travail à distance.
  • coût technique : pour une organisation qui ne disposerait pas de l’infrastructure informatique adaptée (VPN, ordinateurs portables etc.), le coût d’entrée du télétravail peut être significatif.

La fin du bureau, vous en pensez quoi ?

Il serait illusoire d’envisager que la suppression des bureaux se substitue systématiquement aux réductions de masses salariales. Mais ne faudrait-il pas, avant d’être réduit à négocier un accord de performance collective, questionner le véritable coût du bureau ? Ne faudrait-il pas s’accorder sur un principe de priorité des réductions de coûts immobiliers sur les réductions de coûts humains ?

Au-delà des économies de coûts directs, cela permettrait d’éviter les pertes de talents et le turnover qu’implique une révision à la baisse des rémunérations. Au contraire,  une réflexion bien accompagnée sur les espaces de travail (bureau, domicile, tiers-lieu) peut remobiliser les équipes, améliorer la qualité de vie au travail et… la performance collective !

Et vous, qu’en pensez-vous ?

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