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Ce que les équipes attendent vraiment des managers

Un salarié sur deux attend avant tout de son manager qu’il soit disponible et à l’écoute. Pas qu’il soit visionnaire. Pas qu’il maîtrise les derniers outils. Disponible et à l’écoute. Cette donnée simple résume une attente que les entreprises peinent encore à entendre.

Demandez à un dirigeant ce qu’il attend d’un manager, il parlera de performance, de leadership, de vision stratégique. Demandez à un salarié, il parlera d’écoute, de respect, de présence. Ce décalage n’est pas anecdotique. Il explique pourquoi tant de politiques managériales passent à côté de leur cible.

Les enquêtes récentes permettent de dresser un portrait précis de ce que les salariés français attendent réellement de leur manager direct. Et ce portrait ne ressemble pas aux fiches de poste qu’on rédige pour recruter des managers.

Les cinq attentes fondamentales

1. Être écouté

C’est l’attente qui arrive systématiquement en tête. Selon l’étude OpinionWay pour Monster, 36% des salariés français estiment que la qualité qui manque le plus à leur manager est le sens de l’écoute et de la communication. Chez les 18-29 ans, ce chiffre monte à 51%.

L’APEC confirme : le sens de l’écoute arrive en tête des compétences jugées les plus importantes par les cadres n’exerçant pas de responsabilités hiérarchiques, avec 59% des réponses. Et lors des séminaires sur le management, quand on demande aux participants de citer les qualités d’un bon manager, l’écoute vient « toujours en premier, absolument toujours », selon Gaël Chatelain-Berry, spécialiste du management bienveillant.

Mais attention : écouter ne signifie pas « laisser parler ». Les salariés attendent que leur parole ait un effet. Selon l’enquête All Voices, 68% des collaborateurs ont besoin que leur entreprise prenne le feedback au sérieux et mette en œuvre des changements significatifs pour se sentir écoutés. L’écoute sans suite est pire que l’absence d’écoute.

2. Être respecté

L’enquête PageGroup de décembre 2024, menée auprès de 3000 répondants, place le respect à 51% des qualités les plus recherchées chez un manager. Ce chiffre monte à 56% chez les femmes et à 64% chez les moins de 30 ans.

Le respect ne se limite pas à la politesse. Il englobe la considération pour le travail accompli, la reconnaissance des compétences, et l’absence de comportements qui infantilisent ou dévalorisent. Dans une France où 68% des personnes interrogées estiment vivre dans une société où « beaucoup de gens sont méprisés », selon le baromètre CEVIPOF-OpinionWay 2024, cette attente prend une résonance particulière.

3. Pouvoir se développer

La capacité à développer le potentiel des collaborateurs arrive en tête de l’enquête PageGroup avec 52%. Les salariés n’attendent pas seulement qu’on leur confie des tâches. Ils veulent progresser, apprendre, évoluer.

Le baromètre ManpowerGroup 2024 révèle un écart significatif : 87% des salariés sont confiants dans leurs compétences actuelles, mais seulement 57% sont satisfaits des possibilités d’évolution offertes par leur entreprise. Cet écart de 30 points signale un besoin non comblé. Les collaborateurs se sentent capables de plus, mais n’ont pas l’occasion de le montrer.

Pour 92% des répondants de l’enquête PageGroup, disposer d’un parcours de carrière et d’opportunités d’évolution est important. Le manager qui aide ses collaborateurs à grandir répond à une attente massive.

4. Disposer d’autonomie

L’autonomie arrive à 94% des attentes dans l’enquête PageGroup : la possibilité d’être autonome dans son travail (planning, prise de décision) est jugée importante par la quasi-totalité des répondants.

Cette attente s’est renforcée depuis la crise sanitaire. Les salariés ont découvert qu’ils pouvaient travailler efficacement sans supervision constante. Revenir à un management de contrôle est perçu comme une régression. Les études Icam-HEC Montréal montrent d’ailleurs que les écarts de perception les plus faibles entre managers et collaborateurs concernent précisément l’autonomie : sur ce point, les deux parties sont relativement alignées.

Mais l’autonomie n’est pas l’abandon. Les collaborateurs veulent des objectifs clairs et la liberté de s’organiser pour les atteindre. Pas l’inverse.

5. Être reconnu

L’enquête PageGroup détaille les formes de reconnaissance attendues : recevoir des récompenses financières (60%), être félicité et sentir son travail reconnu à sa juste valeur (59,7%), obtenir des responsabilités supplémentaires (52%).

La reconnaissance n’est pas qu’une question d’argent. Les félicitations arrivent presque au même niveau que les primes. Ce que les salariés demandent, c’est que quelqu’un voie ce qu’ils font et le dise. Selon l’enquête laWEbox, la principale source de reconnaissance reste celle des collègues de service (72%). Le manager n’est pas le seul à pouvoir reconnaître, mais il donne le ton.

Ce qu’ils n’attendent pas

La liste des attentes est aussi instructive par ce qu’elle ne contient pas.

Le charisme. Les salariés ne demandent pas un leader charismatique. Ils demandent quelqu’un qui les écoute. Le charisme peut impressionner, il ne crée pas nécessairement la confiance.

La vision stratégique. Les grandes orientations intéressent moins que la capacité à expliquer concrètement ce que le travail quotidien apporte à l’ensemble. Le manager qui sait répondre à « pourquoi je fais ça » compte plus que celui qui présente des slides sur la stratégie 2030.

L’expertise technique. Avoir un manager compétent dans son domaine est apprécié, mais ce n’est pas la priorité. Les collaborateurs préfèrent un manager qui les fait progresser à un expert qui garde son savoir pour lui.

L’autorité. L’ère du « chef autoritaire », focalisé uniquement sur les résultats, touche à sa fin selon l’analyse de Michael Page. Les collaborateurs aspirent à un manager capable d’allier performance et bienveillance.

Les variations selon les profils

Les attentes ne sont pas uniformes. Elles varient selon l’âge, le genre, la taille de l’entreprise.

**Les jeunes sont plus exigeants sur l’écoute.** 51% des 18-29 ans citent le manque d’écoute comme le principal défaut de leur manager, contre 30% des 30-39 ans. La génération Z attend une relation plus horizontale, plus interactive. Selon Deloitte 2024, 69% des jeunes salariés veulent un management « coach ».

Les femmes sont plus sensibles au respect. 56% des femmes placent le respect dans les qualités prioritaires, contre 46% des hommes. Elles sont aussi systématiquement plus critiques sur la reconnaissance : l’écart atteint 10 points sur chaque question liée à la rémunération et à la valorisation du travail.

Les grandes entreprises déçoivent davantage. 61% des salariés des entreprises de moins de 10 salariés se sentent écoutés en termes de qualité de vie au travail, contre seulement 48% dans celles de plus de 5000 salariés. La proximité compte. Dans les grandes structures, 23% des salariés reprochent à leur manager un manque d’aisance dans la prise de décision — le poids des strates hiérarchiques se fait sentir.

Ce que ça implique

Si on prend ces attentes au sérieux, plusieurs conséquences pratiques en découlent.

Recruter autrement. Les processus de recrutement de managers valorisent souvent l’expertise technique et le parcours. Ils devraient évaluer la capacité d’écoute, l’aptitude à développer les autres, la qualité relationnelle. Ce ne sont pas les mêmes compétences.

Former différemment. Les formations managériales se concentrent sur les outils : conduite d’entretien, gestion de projet, tableaux de bord. Elles devraient développer les compétences relationnelles : écoute active, feedback, reconnaissance. Ce sont ces compétences que les collaborateurs attendent.

Libérer du temps. Un manager surchargé de reporting et de réunions ne peut pas être disponible pour son équipe. Si la disponibilité est la première attente, alors il faut créer les conditions de cette disponibilité. Ça suppose des choix organisationnels.

Mesurer ce qui compte. Les indicateurs de performance managériale portent rarement sur la qualité de la relation. Ils devraient intégrer la perception des équipes : se sentent-elles écoutées, reconnues, accompagnées dans leur développement ?

Des attentes simples, difficiles à satisfaire

Ce que les Français attendent de leur chef n’a rien d’extraordinaire. Être écouté, respecté, accompagné dans son développement, disposer d’autonomie, être reconnu. Ce sont des attentes humaines fondamentales, pas des exigences démesurées.

Pourtant, les chiffres montrent qu’elles sont massivement insatisfaites. La moitié des salariés ne se sentent pas reconnus. Plus d’un tiers estiment que leur manager manque d’écoute. Le fossé entre l’attente et le vécu reste béant.

La difficulté n’est pas de comprendre ce que veulent les salariés. Elle est de créer les conditions pour que les managers puissent y répondre. Et ça ne dépend pas que des managers eux-mêmes.

Xavier de Mazenod

Fondateur de la société Adverbe spécialisée dans la transition numérique des entreprises et éditeur de Zevillage.

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