Pourquoi le Grenelle de l’environnement n’a-t-il pas une seconde abordé le thème du télétravail comme moyen de réduction de la pollution ? Je ne le sais pas, peut-être parce que ce sujet n’intéresse pas grand monde en dehors des télétravailleurs.

Un exemple concret de ce désintérêt ? Qui dit télétravail et abandon des trajets inutiles en voiture implique des infrastructures pour accéder en haut débit à l’Internet et pour se déplacer en chemin de fer. On connaît le retard Français pour le haut débit mais on supposait que le rail irriguait la France en totalité depuis un siècle.

Or, prendre un train, hors lignes de TGV, est, aujourd’hui, trop souvent une aventure incertaine. Moins de certitude sur l’heure d’arrivée entraîne un désamour du train au profit de la voiture. Sur ce plan, le rail a régressé.

J’écris par exemple ce billet dans un train de la ligne Paris-Granville qui arrivera avec au moins 2h de retard. Un premier omnibus a rendu l’âme à Versailles où nous avons du descendre pour monter dans le suivant. Un train plus court, donc bondé, où nous avons voyagé debout la moitié du trajet avec mes compagnons d’infortune.

Le président de la région Basse-Normandie qui affrète ces TER pourra ensuite proclamer sur papier glacé son implication dans le développement durable. Dans les faits, l’incurie du conseil régional (et parfois aussi de la SNCF) coûte cher en CO2 gaspillé.

Revenons au télétravail et à son rôle dans la lutte contre la pollution. J’ai souvent décrit ici, ou encore là, l’absurdité qui consiste à déplacer des millions de gens chaque matin et chaque soir entre leur lieu d’habitation et leur lieu de travail. C’est une absurdité connue de tous et déjà mise en évidence il y a près de 40 ans par Alvin Toffler dans Le Choc du futur :

« L’une des choses les plus improductives de notre économie est de déplacer chaque matin des millions de personnes vers des zones de travail puis chaque soir vers leur domicile »

Nous sommes tellement habitués à ce mode d’organisation issu de l’ère industrielle que nous ne pensons même pas qu’il puisse en exister d’autres.

Or, déplacer quotidiennement des millions de personnes est très coûteux en pollution, en temps perdu, en stress et en perte de productivité. Sans compter les coûts induits, comme l’immobilier d’entreprise, nécessaires pour faire travailler des salariés dans un même lieu. Une vie de bureau habituelle dans laquelle les salariés perdront du temps en réunions inutiles, s’enverront des mails de bureau à bureau et seront sans cesse interrompus dans leur travail. Rien qu’on ne puisse faire à distance.

Cette organisation était indispensable lorsque les technologies obligeaient à travailler de manière séquentielle, en interdépendance. Et quand les moyens de production devaient être concentrés en un même lieu pour des raisons de coût. Aujourd’hui, la nature du travail a évolué, les technologies permettent la mobilité et le travail à distance mais les organisations n’ont pas bougé. Ou peu.

La sémantique elle-même est restée liée à l’ère industrielle. Le mot de « télétravail » renvoie à l’idée de travail à la tâche, à la maison. Une sorte de sous-travail, mal payé, qui explique les réticences qu’ont longtemps eues les syndicats envers cette forme d’organisation. Télétravail et ses amis « télécentre » et « téléactivité » trahissent une conception archaïque d’organisation. On y tolère un peu de travail à distance en conservant des modes de management anciens.

Or, penser et manager comme cela c’est se priver des bénéfices du travail collaboratif à distance. Un changement en profondeur de l’organisation qui entraîne des économies, qui réduit la pollution et qui permet aux salariés de concilier travail plus productif et meilleure qualité de vie.

Quel est l’intérêt pour un salarié – et pour son entreprise – de passer du temps en déplacement ou en réunions quand il pourrait être aussi efficace depuis chez lui ? Voire plus efficace et plus créatif.

Tout cela est largement connu. Sauf des organisateurs du Grenelle de l’environnement et des associations qui y ont participé.

Dommage ? Peut-être faudrait-il écrire « grotesque ». En tout cas « beaucoup de bruit pour rien » dans ce happening politicien.