Il existe une part de gratuit dans le travail, dans tout travail selon Pierre-Yves Gomez, professeur de management stratégique à l’EM Lyon. Dans cette vidéo, il expose la thèse de son dernier livre, Le Travail invisible : enquête sur une disparition. Elle est illustrée par un témoignage d’Emile Hooge à propos de deux actions gratuites réalisées dans le cadre d’entreprises : le Hackaton des cheminots de la SNCF et l’opération Muséomix pour imaginer de nouvelles approches des expositions.

Ce « travail gratuit » peut prendre la forme de temps donné à ses collègues, d’une participation à la vie commune, des conseils donnés sans être comptabilisés. Cet espace de gratuité permet d’être quelqu’un au travail. Plus on diminue cet espace du gratuit, plus on comptabilise tout, on prescrit tout, on diminue la part de don, de liberté, plus on effrite le sens du travail.

Le vrai rôle du manager ce n’est donc pas d’éliminer le gratuit, d’éliminer le « fénéantisme de personnes » comme le pensait Taylor mais de reconnaître la part de gratuit utile et nécessaire qui permet au travail d’être réalisé pleinement. Ce qu’on demande au manager aujourd’hui, dans toutes les entreprises, et pas seulement dans les entreprises caritatives, c’est de savoir reconnaître la part du gratuit. Pas trop grande pour ne pas remettre en cause le travail mais pas trop petite pour que les personnes ne finissent pas par se désengager.

Si les gens ne peuvent pas réaliser leur part de gratuit au travail, elles le feront à l’extérieur de l’entreprise comme on le constate sur le grand mouvement de don et de participation sur l’Internet. La financiarisation des entreprises à conduit à multiplier les ratios, les contrôles, les prescriptions, l’organisation du travail où tout le monde doit rentrer dans le cadre. Cela a conduit à beaucoup de de désengagement, malheurs, tristesse et difficultés au travail.

Qu’ont alors fait les personnes ? Dans leur sphère privée, elle sont allés sur Internet où elles se sont mis à travailler gratuitement.

« En traquant le gratuit, on finit par encourager, chez le travailleur, un esprit de calcul et de normalisation » écrit Pierre-Yves Gomez dans son livre. « Puisque tout lui est compté, ses gestes, ses temps, ses mots, il se met logiquement à compter ses heures et ses efforts. C’est donnant-donnant dans l’entreprise ».

Aller plus loin

Le travail invisible : enquête sur une disparition, par Pierre-Yves Gomez – François Bourin Editeur, février 2013 – 20,90 €

(Merci à Tesson de m’avoir signalé cette vidéo.)

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