La Covid-19 fragilise la vie de bureau et ralentit la fréquentation des espaces de travail partagé. La veille du 2e confinement, nous avons organisé une table-ronde pour faire un point sur la survie du coworking face à la pandémie et ses perspectives pour l’après-crise, l’opportunité du télétravail, la transformation du concept de coworking, la nouvelle segmentation du marché des bureaux partagés.

Avec Laurent Gesneslay, co-fondateur de The Bureau, Clément Alteresco, fondateur de Morning, Lawrence Knights, co-fondateur de Kwerk et Grégory Ortiz, cofondateur de Startway et un son très confinement.

Quatre experts du coworking et des bureaux partagés avec quatre parcours et quatre positionnements différents. Laurent Geneslay, ancien financier, est arrivé le plus récemment dans cet univers et a co-fondé The Bureau, 3 espaces haut de gamme organisés autour de la restauration ; Clément Alteresco, co-fondateur en 2008 de Parisoma, coworking historique de San Francisco, créateur du site Bureaux à partager et de Morning (ex-Morning coworking) l’un des plus gros réseau de coworking en France, ; Lawrence Knights, co-fondateur de Kwerk, un ensemble de 4 espaces de « wellworking » également haut de gamme positionnés sur le thème du bien-être et Grégory Ortiz, ancien directeur marketing de Multiburo, chaîne de centre d’affaires qu’il a fait évoluer vers le coworking avant de co-fonder Startway, un groupe de 35 espaces, à Paris et dans les grandes villes françaises.

Participants table-ronde coworking
Participants à la table-ronde coworking de Zevillage (de g. à d.) : Grégory Ortiz, Xavier de Mazenod, Laurent Geneslay, Lawrence Knights et Clément Alteresco

La crise de la Covid-19, une opportunité pour le coworking

La pandémie et les confinements sont, à court terme, une catastrophe pour beaucoup d’espaces de coworking, surtout pour les plus petits où pour ceux qui vendent de l’espace à l’heure. Car les freelances et TPE clients sont les premiers à ne plus fréquenter ces espaces au moment du confinement. Le prix de la flexibilité.

On pourrait se dire que les clients ne veulent plus travailler dans des coworking ou tiers-lieux parce que le risque y est le même que dans un bureau classique. Or, le soin apporté à la gestion des mesures sanitaires dans ces espaces est plus fort que dans des bureaux classiques. Mieux en tout cas que dans une tour qui accueille 3 000 salariés ! Tout simplement parce que l’accueil et le service sont la base, la valeur ajoutée des coworking. Ce que nous avons pu tester dans un espace de Kwerk lors de l’enregistrement de ce podcast.

Mais nos quatre témoins partagent l’opinion que cette crise est aussi une grande opportunité pour ceux qui auront les moyens financiers de résister. La demande de flexibilité des entreprises s’est renforcée ainsi que l’aspiration à la fin des baux 3-6-9. Dans cet univers immobilier figé, univers de rente, le coworking a apporté une notion de services et de communauté qui secoue les habitudes.

Les confinements, le télétravail qui augmente, ne font que confirmer cette tendance et les réflexions d’entreprises qui tendent à remplacer des surfaces de bureau fixe par des surfaces flexibles. Quand on télétravaille 2 ou 3 jours par semaine en moyenne, cela réduit de 30 à 50 %les besoins en espace de bureau.

En finir avec le coworking ?

Si les participants reconnaissent l’apport communautaire historique du coworking, ils pensent que le mot n’est plus forcément adapté à la réalité de leurs activités. Depuis 3 ans Wework ne se reconnaît plus dans le coworking, Morning coworking a abandonné le mot dans son titre et Kwerk se définit comme acteur du wellworking.

Il est également rappelé que l’ancêtre du coworking est le centre d’affaires. Sauf que les centres d’affaires n’étaient pas des lieux sociaux, pas des lieux de partage. Ils n’ont jamais réussi à créer quelque chose de social, ce qu’ont réussi à faire les espaces de coworking. Mais, depuis, ils se sont bien rattrapés.

Même chose pour l’appellation de tiers-lieu. Certains la rejettent car ils trouvent péjorative cette définition sociologique de « lieu tiers » entre le bureau et la maison. Les espaces n’ont pas à se positionner par la négative, comme des lieux par défaut. D’autant plus que pour les entreprises dont le tiers-lieu est le siège social, il s’agit de leur bureau et pas d’un lieu tiers.

Nouvelle segmentation du coworking

Si à l’origine le coworking ne s’adressait qu’à des freelances, il propose aujourd’hui un éventail large de situation. Un peu comme les hôtels qui ont des gammes et des couleurs différentes.

L’identité de ces lieux attire des clients en phase avec leur culture. Chaque lieu, chaque marque va avoir sa façon d’adresser un client et sa touche spécifique.

Le marché du coworking est encore adolescent, avec de grosses marges de progression et d’expérimentations encore à réaliser. Comme par exemple en périphérie d’agglomération ou en zones rurales où de nouveaux modèles économiques sont encore à inventer.

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