Le projet de loi Travail, dit loi El Khomri, prévoit une concertation sur le développement du télétravail et du travail à distance avec les partenaires sociaux qui, s’ils le souhaitent, ouvriront une négociation sur le sujet avant le 1er octobre. Cela promet de beaux débats tant la vision des syndicats sur ce sujet est différente et parfois caricaturale.

Manifestation de syndicats

Télétravail et syndicats : pas de front uni

Officiellement, les 8 principales organisations syndicales (MEDEF, CFDT, CGPME, CFE-CGC, UPA, CFTC, CGT-FO, CGT) sont favorables au télétravail puisqu’elles ont signé l’accord-cadre européen de 2002 puis son application en droit français par l’Accord national interprofessionnel (ANI) de juillet 2005. En réalité, l’enthousiasme des syndicats pour le télétravail est inégal.

Si, en théorie, toutes les centrales syndicales sont favorables au télétravail, certaines comme la CFDT (voir l’excellent guide Négocier et organiser le télétravail-PDF de la fédération CFDT-Cadres) ou la CFE-CGC y sont culturellement plus sensibles au vu de leur public de cadres plus concerné par le télétravail.

De son côté la CFTC a été la 1ère organisation syndicale à publier l’ANI. Elle est favorable au télétravail et le considère même comme un outil d’insertion professionnelle pour les personnes handicapées.

Enfin, FO, la CGT et SUD-Solidaires (non “représentatif” mais assez présent dans certains secteurs) sont favorables au télétravail mais toujours sous des angles très défensifs : “pratique à strictement encadrer”, “nouveaux droits collectifs” à promouvoir.

Mais à part l’activité de réflexion et d’étude de la CFDT-Cadres mentionnée ci-dessus, les confédérations syndicales laissent peu de place au télétravail dans leurs préoccupations. Il suffit de visiter leurs sites web pour s’en convaincre.

Côté syndicats employeurs, le Medef et la CGPME, on ne peut pas dire non plus que le télétravail soit un axe fort de travail. On est globalement pour mais la doctrine est mince…

Les sections d’entreprises sont actives

Au-delà des différences d’approches confédérales, on peut observer dans une même organisation syndiacle des divergences profondes de positions de différentes suivant les sections d’entreprises. On joue parfois à front renversé comme cette section de la CFTC ou celle-là de la CGT. Et même les cédétistes les plus convaincus peuvent aussi chipoter. Et il n’est pas rare de voir des syndicalistes plus demandeurs de télétravail dans une entreprise que la direction ou les ressources humaines.

Il semblerait là que la culture métier de la section compte plus que l’appartenance confédérale. Et aussi le contexte de chaque entreprise ou organisation publique.

Au mieux, beaucoup de syndicats aborderont donc la concertation de la fin d’été sur la défensive. Au pire avec la conviction que le télétravail est un piège de l’employeur. Comme si la forte proportion d’adeptes de cette organisation du travail et le taux de satisfaction des salariés (97%) ne changeait rien à leur vision.

De la méfiance au pragmatisme ?

L’enjeu aujourd’hui c’est le passage des 3 fonctions publiques au télétravail. Or, les syndicats de la fonction publique n’ont pas signé l’ANI de 2005. Ils ont donc été absents pendant 10 ans, la période de décollage du télétravail en France. Et il semble qu’ils doivent encore faire leur révolution culturelle sur le sujet.

Chez eux, une attitude défensive domine encore souvent comme dans cet article d’un délégué syndical FO, fonctionnaire, qui témoigne de l’esprit dans lequel ces syndicats voient le télétravail. Méfiance et idéologie anti-entreprise augurent mal de la négociation. Une attitude que l’on perçoit dès le titre de l’article, “Télétravail des fonctionnaires : l’illusion d’un monde du travail meilleur“.

Vous constaterez vous-même l’ambiance que l’on retrouve tout au long du texte : “Une question doit immédiatement nous faire réagir : pourquoi les employeurs voient dans cette formule d’organisation du travail des positions convergentes avec celles exprimées par les salariés ? Certainement parce qu’ils trouvent un intérêt mais bien différent de celui du salarié privé ou du public.

On le voit, il y a encore du boulot.

Surtout que derrière le sujet du télétravail il existe un beau chantier dont pourraient s’emparer les syndicats. Le monde du travail change très vite, le poids des non salariés progresse, le digital labor se développe. Toute une mutation, une “métamorphose du travail” (à lire absolument à ce propos la synthèse du groupe de travail Digiwork) qui pose des questions fondamentales aux syndicats, comme elle fait aux entreprises.

Quel forme de syndicalisme adaptée à ce nouveau monde du travail, quel syndicalisme sans salariés, quelles nouvelles protections des nouveaux “travailleurs” ? Un bel enjeu de réflexion et de réorganisation, non ?

(Photo : Wikipedia)