Le géographe Bruno Moriset vient de publier une première analyse des résultats de son enquête sur Les entreprises rurales de l’économie de l’information et l’utilisation des TIC dans le cadre de son projet de recherche Discotec. Des conclusions très précieuses pour les entrepreneurs ruraux et pour développer les campagnes.

L’étude consistait à comparer deux échantillons d’entreprises urbaines et rurales d’un grand quart Sud-Est de la France sur la base d’un échantillon de 4 888 entreprises (avec 400 observations par téléphone) de 9 métiers. Une autre étude portant sur des entreprises industrielles viendra compléter cette 1ère analyse.

Des questions portaient sur la localisation des entreprises, sur l’usage des technologies de communication à distance (dont le niveau de pratique du télétravail) et sur le rapport des entreprises avec leur territoire.

Les entrepreneurs ruraux utilisent moins l’Internet

Voici quelques conclusions de l’étude qui vont parfois à l’encontre d’idées reçues.

Assez surprenant, les utilisateurs interrogés ignorent ou sont peu intéressés par le débit de leur connexion. Même si l’analyse confirme le problème du déséquilibre villes-campagnes en matière de Très haut débit. Une fracture qui pèsera lourdement sur les campagnes pendant au moins 10 ans, le temps d’un rééquilibrage.

Utilisation des TIC selon la géographie

Les usages des TIC par les entreprises du panel sont très variables. Par exemple, on constate que celles dont les clients sont éloignés utilisent les TIC d’une manière plus sophistiquée que les autres (figure 3). On peut en déduire qu’une politique publique de développement doit comporter un important volet de sensibilisation-formation aux usages avancés des TIC.

Même chose pour les l’utilisation des TIC selon la localisation : moins d’usages avancés à la campagne. Moins de veille technologique, moins de webconférences, moins de visites de sites ou de forums spécialisés.

Moins de mise à profit des réseaux sociaux à vocation professionnelle également. Les entreprises rurales utilisent trois fois moins Viadeo, Linkedin ou Twitter, et privilégient FaceBook.

Usages des réseaux sociaux professionnels

Plus attendu, l’étude Discotec confirme l’importance du travail à distance pour la majorité des entreprises rurales étudiées. Mais pas là où on l’attendait :

« Ces réponses posent un problème de perception du télétravail. Par exemple, la plupart des traducteurs (88 %) se considèrent comme télétravailleurs, ce qui n’est pas le cas des architectes (20 %), qui visitent bien plus fréquemment leurs clients. In fine, on constate que les entreprises lyonnaises se déclarent davantage concernées par les différentes formes de télétravail. Ceci met à mal un croyance selon laquelle le télétravail serait une réalité davantage rurale que urbaine. »

Notons également que la localisation de l’entreprise en milieu rural est perçue comme un atout, plus souvent qu’un handicap. Mais près de la moitié des entreprises interrogées (43 ,8%) sont indifférentes à la localisation.

Enfin, l’aide des collectivités locales est perçue comme non essentielle mais non négligeable même si 62,5% des entreprises (251 sur 400) la jugent inexistante. Il faut noter que cette opinion n’est pas un constat de carence car la plupart n’ont pas sollicité d’aide. Ce qui relativise l’efficacité des politiques d’accueil fondées sur des subventions.

Que retenir de l’étude pour développer un territoire rural ?

Les résultats posent la question de l’aménagement des zones rurales à l’aide des TIC : sur quels leviers agir pour créer ou attirer de l’activité économique à valeur ajoutée dans les campagnes ? Comment développer les emplois du « tertiaire supérieur » en milieu rural, plus qualifiés que ceux de l’économie résidentielle engendrés par le tourisme, les résidents secondaires ou les retraités ?

Première évidence, l’attractivité d’un territoire semble liée à ses atouts intrinsèques (environnement, infrastuctures, équipements), à son dynamisme (réel et perçu), à l’animation et à la mise en réseau des acteurs économiques, plutôt qu’à une politique d’aides.

Le développement des infrastructures de Très haut débit, plus précisément, est une nécessité immédiate. Mais elle ne devrait plus être un facteur de compétitivité d’ici une dizaine d’années quand le rééquilibrage sera fait.

Le besoin de formation apparaît également dans ces résultats. Mais mettre en place une offre n’est pas suffisant car, bien souvent, les entreprises ne sont pas conscientes de leur manque à gagner d’une faible utilisation des TIC. Il faut séduire, donner envie aux entreprises ce qui nécessite une relation de grande proximité. Bref, laissez tomber le mass mailing « Venez à ma formation » !

Enfin, l’étude confirme les analyses de Laurent Davezies dans ses travaux : il est inefficace pour un territoire de vouloir retenir les jeunes. Il vaut beaucoup mieux leur permettre de partir s’ouvrir l’esprit ailleurs avant de faciliter leur retour pour venir « vivre au pays ».

Et attirer des entrepreneurs non originaires de la région est également payant souligne Bruno Moriset :

« Il est remarquable que les entreprises présentes à l’échelle nationale ou internationale sont, plus fréquemment que les autres, dirigées par des personnes non originaires de la région. L’importance pour les territoires d’attirer des entrepreneurs qui, souvent, ont tissé des réseaux plus larges lorsqu’ils se trouvaient ailleurs (dans une grande ville p.ex.) est donc soulignée. Mais ceci est également pertinent pour des responsables d’entreprises originaires de la région, qui ont effectué une partie de leur parcours professionnel à l’extérieur du territoire. »

En savoir plus

Télécharger les résultats de l’étude sur Les entreprises rurales de l’économie de l’information et l’utilisation des TIC.
Etude rédigée par Bruno Moriset CNRS – UMR 5600 EVS Université Jean Moulin – Lyon 3 – Projet de recherche Discotec

 

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