Régulièrement, l’INSEE publie les chiffres de l’évolution de la population française par ville, village, agglomération. Ils font des heureux et des malheureux. Beaucoup de malheureux à cause du déclin démographique.

territoire ruralité

Ces chiffres sont factuels bien entendu mais ils sont à préciser pour comprendre quelles populations quittent le territoire, quelles tendances longues ou récentes sont en oeuvre.
La presse locale s’en fait l’écho et ce “classement” a le don, comme les classements (meilleures villes pour entreprendre, pour étudier…) plus ou moins fondés des magazines économiques, d’angoisser les élus et les développeurs territoriaux ou de les enthousiasmer, de façon pas toujours fondée.

Le déclin démographique, une fatalité ?

Ici comme ailleurs, la réaction ne peut se concevoir qu’à froid pour une stratégie qui s’inscrira dans la durée.
Les territoires, me semble-t-il, n’ont cependant pas tous pris conscience que leur avenir est bien, et plus que jamais, entre leurs mains.
déclin démographique
Source INSEE démographie 2010 2015

Souvent le déclin démographique se traduit en perte d’attractivité car la baisse du nombre d’habitants signifie, bien au-delà des chiffres, la perte des jeunes. Notamment à cause du non retour des jeunes partis étudier ailleurs, la perte de services publics indispensables, la fermeture de liaisons de transport en commun.

Mais le plus grand impact de cette situation c’est ce sentiment d’impuissance largement partagé face à un déclin annoncé.
Cette impression généralisée entraîne la fuite des meilleurs porteurs de projets et pousse à l’inaction les acteurs en place.
La réaction des décideurs locaux consiste, le plus souvent, d’une part à communiquer sur ce qui fonctionne et d’autre part, à penser infrastructures. C’est-à-dire réagir dans un registre connu, rassurant.

Un problème d’investissements ?

Cette réaction se matérialise, par exemple, par l’accélération du déploiement des réseaux haut et très haut débit. Ces infrastructures ont un prix élevé car, double sentence, ces territoires sont délaissés par les opérateurs et les collectivités locales doivent financer la majorité de ces investissements.
Des millions d’euros sont donc investis qui monopolisent cependant les capacités financières d’acteurs publics de moins en moins riches. Elles réduisent d’autant les moyens potentiellement dédiés aux autres formes et leviers de l’attractivité. Ce constat est d’autant plus réel que le territoire est rural.
On peut se demander si cette quasi exclusivité est efficace quand on voit que des villes, couvertes en haut débit sont également touchées par ce déclin.
Alors, pour reprendre le fil de notre raisonnement sur l’attractivité, il est indispensable de décrire la cible de sa politique d’attractivité. Car, enfin, qui veut-on attirer ou conserver sur un territoire ? Les entrepreneurs et les jeunes actifs.

Les territoires ont-ils bien identifié leur véritable cible ?

Beaucoup d’études et d’articles fleurissent pour décrire ce que sont les nouveaux entrepreneurs, les nouveaux actifs et ce qu’attendent ces générations montantes.
Ce sont ces jeunes que les entreprises d’un territoire, même rural, doivent pouvoir recruter et conserver, ce sont ces jeunes qui créent de plus en plus d’entreprises et vont multiplier les expériences entrepreneuriales ou intrapreneuriales (entreprendre au sein d ‘une entreprise).
Ne pas les connaître revient à ignorer sa propre cible en croissance d’autant que le virus de liberté qu’ils véhiculent se propage bien au-delà de leur génération et c’est tant mieux.
Or, dans quel territoire ce travail de prise de conscience des nouveaux profils cibles a-t-il été véritablement réalisé ?

Que veulent donc ces nouveaux publics ? La présence du très haut débit ? Oui, bien entendu, il est impératif de pouvoir rester connecté sans subir de lenteur. Un territoire qui veut accueillir les télétravailleurs et autres freelances qui se multiplient et se multiplieront encore dans les années à venir doit être correctement équipé.

Un opéra, un théâtre, la vie d’une grande ville ? Oui mais pas toujours. Ces nouveaux publics sont de plus en plus nombreux à plébisciter plutôt des jardins à un prix accessible, du calme, une crèche pour les enfants, une école où ils seront bien encadrés. Et un coût de la vie abordable. Les prix liés au déclin démographique sont donc, en cela, curieusement un atout potentiel.

Qu’est-ce qui fait vibrer les nouveaux entrepreneurs et intrapreneurs ?

Ces générations et ces nouveaux entrepreneurs attendent aussi et surtout de pouvoir intégrer un environnement favorable à l’épanouissement de leur carrière ou de leur entreprise.
Favorable c’est-à-dire non pas des mètres carrés qu’ils trouvent aujourd’hui partout et que chaque territoire se propose d’inaugurer, mais un écosystème bienveillant et porteur de croissance et ou d’emplois.

L’enjeu consiste donc à créer un écosystème qui se voit. Une communauté qui donne l’envie de la rejoindre, qui compte des leaders bienveillants, qui “habite” ou crée un lieu inspirant, qui défend les bons projets. Un écosystème qui collabore, qui participe à des actions utiles au territoire, qui forme, qui communique en témoignant lui-même de l’attractivité qu’il crée.

Ce que certains territoires commencent à comprendre, c’est l’opportunité de construire un véritable écosystème que je qualifierais d’agile car il sera participatif, bienveillant, efficace et capable de muer en fonction des opportunités qui ne tarderont pas à se présenter quand la dynamique sera lancée.

Quels coûts pour la collectivité ?

collectif
Cette politique nécessite de mettre en place :
  • un lieu, c’est-à-dire un espace inspirant, de coworking notamment, et qui n’a pas besoin d’être flambant neuf, bien au contraire
  • une action préalable avec une série de rencontres pour identifier les acteurs du premier cercle et les mobiliser collectivement
  • un budget nécessaire pour fournir un accompagnement des porteurs de projets à fort potentiel (de même niveau que celui fourni aux créateurs localisés dans la métropole voisine !) conseil à l’innovation, à la croissance, à la levée de fonds, aide aux premiers recrutements.

Le véritable coût ? changer de paradigme !

Lancement de la phase collective après entretiens pour l’écosystème Communauté de Communes de Loir Lucé Bercé

Au-delà de ces investissements qui restent, somme toute, très modérés comparativement à un kilomètre de fibre optique, ce qui “coûtera” vraiment au territoire, c’est la nécessité de changer de paradigme en devenant “agile” : un coût intellectuel et non financier :

  • accepter de positionner une task force aux commandes de la stratégie d’attractivité constituée d’élus et d’acteurs du territoire convaincus de l’enjeu et disposant de moyens pour s’engager
  • remotiver et reconnaître le rôle capital des équipes du développement économique et les faire collaborer avec les structures “concurrentes”
  • accepter de déléguer aux acteurs économiques une partie du projet, en gouvernance et en financement
  • accepter de passer d’une communication autocentrée à une communication participative qui diffusera beaucoup plus largement la “bonne nouvelle” : le territoire vit et innove
  • accepter de tenter, d’oser, d’échouer et de relancer différement
  • accepter de faire adhérer les acteurs connexes, de la culture, des médias, de l’enseignement, les associations
  • accepter de considérer les seniors et les étudiants comme des entrepreneurs potentiels, ce qu’ils seront de plus en plus.

Un dernier conseil ?

Investir un petit peu moins dans les infrastructures et, pour la même somme, beaucoup plus dans l’intelligence d’une action collective qui permettra précisément au territoire de profiter pleinement de la montée en puissance de son réseau très haut débit. Qui permettra également de relancer la “fabrique à initiatives” qui se nourrit d’enthousiasme collectif, d’envie, de rencontres et d’ambition retrouvée.
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