Quand on parle d’innovation, de fonds d’investissements et de startup on pense immédiatement à la Silicon Valley. On pense aussi au CES et à sa couverture médiatique importante, en France notamment. Il existe un autre pays qui, au regard de sa faible population, est assez nettement plus innovant et créateur de startups qui lèvent des fonds et réussissent : Israël.

Israël, la fabrique à startups

La Fondation France-Israël, présidée par Nicole Guedj organisait à Paris dans le cadre de ses entretiens, une soirée d’échanges avec Mounir Mahjoubi, secrétaire d’Etat au Numérique, l’occasion pour ZeVillage de faire le point sur cet Etat véritable fabrique à startups dont les jeunes entreprises mobilisent nettement plus d’investissements que les startups françaises.

La Silicon Valley mais pas que…

En effet, les jeunes pousses d’Israël lèvent en trois mois ce que les françaises collectent en une année (Capital Finance Groupe Les Echos & IVC) ! Tentons de cerner sur quoi repose cette réussite.

Comment expliquer cette réussite en Israël ?

S’il est un exercice difficile, c’est bien celui d’expliquer les raisons d’un développement territorial réussi. Tracer les échecs est souvent plus aisé. Une réussite est souvent la conjonction d’initiatives, de personnalités, de synergies, de hasards, de visions,…On aurait tord cependant de penser que s’en remettre au hasard et à sa bonne étoile suffit. Tout cela se provoque. Cet article est donc un essai de traduction de cette réussite et a pour but de faire ressortir quelques bonnes pratiques. Bonne lecture !

S’internationaliser vite ou périr

D’abord parce que les entreprises israéliennes, eu égard à un marché domestique trop étroit et aux difficultés à exporter dans leurs région, n’ont d’autre choix que de s’internationaliser immédiatement et donc de lever des fonds pour financer une croissance accélérée.  

Un esprit startup fort

L’esprit entrepreneurial des israéliens n’est plus à démontrer, en cela d’ailleurs les jeunes générations s’en rapprochent en France avec une envie d’entreprendre qui s’est largement développé, ces dernières années dans notre pays.

Une volonté politique durable et pragmatique

Comme dans tous les territoires qui n’ont pas droit à l’erreur et qui engagent leur avenir, Israël a mis en place une stratégie pragmatique d’émergence d’entreprises innovantes, comprenant vite que l’émergence du numérique permettrait de faire sortir de terre une filière puissante… partout où on le voudrait vraiment. C’est donc bien une volonté politique qui, dans un premier temps, a permis le décollage de la dynamique d’aujourd’hui.

Israël a créé des lieux d’innovation, les programmes d’accompagnements liés, en n’oubliant pas d’abonder en financements d’amorçage, les meilleurs projets. 21 incubateurs d’entreprises financés par l’Etat et le plus souvent confiés à des acteurs privés d’innovation spécialisés par filière, ont permis cette montée en puissance. Grande différence par rapport à la France, ces incubateurs moins “généralistes” qu’en France, concentrent les compétences filière et attirent l’attention d’investisseurs et partenaires du fait de la concentration de matière grise d’un même secteur d’activité. Autre différence, le courage d’en confier l’animation à des acteurs privés. Confiance dans l’acteur privé. En 1991, lorsque ce programme a été lancé, la France n’était pas du tout mature pour ce type de logique public-privé. Elle l’est encore si peu…

Des incubateurs de startups, puis des programmes d’accélération à l’américaine, enfin l’arrivée des accélérateurs de grandes entreprises

Programme accélérateur de Coca Cola Group aux USA et... en Israël
Programme accélérateur de Coca Cola Group aux USA et… en Israël

Les premiers accélérateurs ont été lancés dès 2011 en Israël, influencés par la démarche américaine. Ces programmes, souvent privés mais également publics (secteurs stratégiques clés), privilégient la rapidité de la croissance. En 3 ou 6 mois, les cohortes, ces “promotions” de startups véritables stages commandos de jeunes pousses aux dents longues, comptent en jours et en semaines quand encore beaucoup trop de lieux d’accompagnement d’entreprises en France comptent en mois. L’expérience américaine d’une jeune pousse mancelle de la cyber sécurité m’avait éveillé à cette différence fondamentale, le modèle d’accélération en Israël confirme l’efficacité de cette vitesse (certains projets mettront cependant beaucoup plus de temps à émerger, il n’y a pas ici d’exclusive) lorsqu’elle est accompagnée avec la compétence nécessaire.

Quand un écosystème bouillonne, il attire. C’est ce qui se passe pour Israël avec l’arrivée, en grand nombre, d’entreprises qui comptent bien profiter de ce terreau pour voir émerger idées, technologies de ruptures et autres nouveaux modèles avec par exemple : Microsoft a inauguré la démarche suivi par IBM, Citibank, Barclays (le lieu est exploité par TechStars), Samsung, Orange, AOL (Nautilus) et Yahoo! et Plus Ventures (Sigma Labs)… De quoi faire rêver bien des régions françaises.

Des financeurs aux aguets

Les success sorties se multiplient avec notamment Waze l’outil phare d’aide à la conduite que mon associé au sein de ZeVillage, Benjamin Morin spécialiste médias des Tech, avait eu l’occasion de rencontrer lors d’une mission dans le pays par la Fondation France Israël il y a plusieurs années. Ces réussites, alliées à un modèle d’accélérateur qui rassure les investisseurs, ont rapidement attirés les fonds d’investissements qui arrosent les jeunes pouces prometteuses. QUi ne font pas qu’arroser d’ailleurs, qui accompagnent leur croissance.

La croissance est rendue possible quand l’écosystème se nourrit aussi de compétences, donc quand il forme ou attire ces compétences. Israël possède de très belles écoles qui, cerise sur le gâteau, sont résoluement tournées vers l’entrepreneuriat. Ainsi, le Tecnhion d’Haïfa (qui a créé un site de promotion spécialement dédié aux étudiants français…) dont un article de Nathalie Hamou dans l’Etudiant nous décrit l’attrait qu’il exerce sur les étudiants français, constitue un moteur de la réussite d’Israël. Est-ce un hasard s’il est situé tout près des centres de recherches de Microsoft, Intel, d’IBM ou encore de Yahoo! ? Le même hasard qui a poussé Google à multiplier les implantations toutes proches des différents sites de Stanford en Californie… Pragmatisme et efficacité. C’est en tout cas aussi ce qui renforce l’attractivité de cette école sur les étudiants français notamment. 

Un écosystème, favorable à l’entrepreneuriat, qui attire compétences et financements, la boucle est bouclée. Israël est devenue l’autre pays… des startups et a créé un écosystème bouillonnant qui n’a pas fini de faire naître les disruptifs de demain et d’accélérer sa croissance.

La recette est universelle.

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