Il y a des événements intéressants où on en apprend plus sur le coworking et son arrivée en France. Alors que l’heure est à son développement progressif sur les territoires, certains réseaux se structurent. C’est le cas du projet de « Réseau des Cantines » devenu officiellement « Réseau des Cantines et des lieux associés ». Lancé le 13 décembre dernier à « La Cantine par Silicon Sentier » (Paris), son principal objectif est de développer les interactions entre ces lieux et mener plus haut la voix de l’innovation numérique. Le coworking n’est qu’une partie du concept de « cantine numérique » mais pour tout ceux qui veulent « travailler autrement » la problématique est bien réelle : pourquoi et comment travailler ensemble ?

Une Cantine, des Cantines Numériques

On connaît « La Cantine » de Paris, érigée en espace-mère de tous nos espaces français de coworking. Depuis 2010, les cantines existent en province sous le nom de « cantines numériques ». La première ayant ouvert est d’ailleurs celle de Rennes, que j’ai pu voir en septembre dernier. Une cantine, c’est un lieu de travail et de diffusion pour les acteurs du numérique, un dispositif de catalyse et d’excubation des communautés. On y trouve également des entrepreneurs, partenaires, collectivités, acteurs du développement économiques, des écoles, des médias, des associations, etc.

La soirée de lancement du Réseau des Cantines Numériques a commencé avec des témoignages très intéressants. Jean-Louis Missika, adjoint à l’innovation de la Ville de Paris, a confirmé le rôle unificateur et catalyseur de La Cantine de Paris et plus largement de Silicon Sentier pour les acteurs du numérique en île-de-France. Le lieu s’est en effet imposé comme référence de « l’innovation ouverte » avec une « agilité à changer de modèle à chaque fois que cela a été nécessaire ».

“La Cantine : un côté défricheur, novateur, explorateur qui fait la qualité exceptionnelle du lieu”, Jean-Louis Missika, adjoint de la Ville de Paris.

Au commencement…

L’histoire épique de Silicon Sentier démarre en 2000 avec la constitution de l’association. Son succès est croissant et révélateur : il manquait un acteur-clef en Île-de-France. Pour exemple, Silicon Sentier organise en 2006 le premier BarCamp à Paris, non-conférence qu’on ne présente maintenant plus dans les milieux français de l’innovation au sens large. L’histoire de La Cantine commence aussi en 2006 mais à CitizenSpace (SanFrancisco), où une petite délégation part en « sortie terrain ». CitizenSpace est l’épicentre du développement mondial du coworking, même si à mon sens ce rôle de « tête de réseau mondial » a été repris par IndyHall et son manager, Alex Hillman.

Jean-Baptiste ROGER, actuel directeur de « La fonderie » y était. Pour lui, la Cantine c’est l’histoire de « l’invention d’un lieu, planqué dans un dossier, sans le dire à personne ». D’une certaine manière, en « hackant au départ les institutions publiques » et après quelques travaux, Silicon Sentier a inventé quelque chose d’original dans « un lieu qui était délabré, sur les grands boulevards parisiens ». À quoi peut servir la cantine ? « À 1000 trucs avec une boule d’énergie, de projets, d’acteurs». Grâce à elle, le numérique fait aujourd’hui partie de l’ADN de l’Ile-de-France.

Stéphane Distinguin (FaberNovel), un des co-fondateurs de La Cantine par Silicon Sentier, a poursuivi en expliquant que « le coworking touche la question de l’immobilier dans la projection du développement des entreprises ». Une cantine est un lieu dédié aux entrepreneurs pour « pouvoir recevoir chez soi en étant fier de chez soi ». Il pense que ce genre de lieu permet d’identifier le numérique comme une culture populaire. La Cantine a travaillé à un nouveau modèle de tiers-lieu avec un « côté MJC 2.0 » en se basant sur certaines valeurs, avec un modèle de base et quelques publications open-source. La Cantine pour lui ? Un lieu collectif et de bons moments dont le nom aurait été inspiré par la « cantine du Xerox PARC de Palo Alto » où les frictions entre personnes faisaient les projets ambitieux et les meilleures innovations numériques que nous connaissons aujourd’hui (réseaux, protocoles, interfaces, etc).

« La Cantine, un carrefour d’expertise, hardware et des gens qui constituent le soft », Pierre-Yves Platini, Social Media Club France.

Réseau des Cantines, un dispositif national au service de l’innovation numérique

Le Réseau des Cantines et des lieux associés est « une association d’opérationnels qui met en avant un réseau ». Adrien Poggetti, délégué général d’Atlantic 2.0 (Nantes) en est le président. En chiffres, le réseau c’est : 30 salariés permanents, plusieurs centaines de bénévoles, plus de 1200 événements par an, 10 régions représentées. En bref, « 1500 acteurs du numérique sur le territoire national ». Le souhait des fondateurs de l’association est de « faire passer l’esprit collectif d’une démarche dans les statuts ». Les actions qui seront menées par le réseau visent « une structuration d’un réseau transverse de coworkers, un développement d’événements communs et d’outils collectifs ». Le réseau prendra le coworking comme un de ses constituants, sera résolument tourné vers le numérique et générateur d’échanges. La démarche est donc complémentaire des espaces français qui ne font (pour le moment) que du coworking, qui s’adressent principalement aux freelances et sont pluri-disciplinaires (au sens de non-sectoriel).

« Le réseau Cantine n’a pas le souhait d’être LE réseau DES #TiersLieux mais UN réseau thématique pouvant inspirer d’autres #bienveillances », Yoann Duriaux, OpenScop / Le Comptoir Numérique à St-Etienne.

L’association loi 1901 prévoit l’adhésion de personnes morales, représentées par leurs dirigeants opérationnels. La gouvernance sera mixte, entre cantines et lieux associés. « 9 membres aujourd’hui, 1000 demain ». L’objectif est affiché : rassembler et catalyser le numérique en France. Cette saine dynamique se fera autour de valeurs : ouverture, partage, mutualisation, accessibilité, neutralité, collaboration, indépendance, plaisir. Les cantines du réseau sont pour l’instant implantées à Paris, Rennes, Nantes, Toulouse, Toulon. Les lieux associés (déjà ouverts) ont « pitché » leur projet durant la soirée de lancement : Le labo de l’édition (Paris), La Boate (Marseille), le Node(Bordeaux) et la Plage Digitale (Strasbourg). D’autres projets de cantines devraient rejoindre le réseau dans les mois à venir : Brest, Tours, Orléans, Angers, etc.

La nécessaire structuration de Coworking France

Au début de l’année 2012, je m’associais à Pascal LAGAHE (fondatrice de l’Atelier des Médias à Lyon) pour écrire un billet qui titrait : « Comment fédérer le Réseau Coworking France ? ». Parmi les idées que nous jettions pour rassembler les acteurs français du coworking, puristes et militants, nous avançons avancé sur quelques-unes d’entre elles en 2012. Nous avons été une dizaine de managers ou gérants d’espaces à dynamiser le réseau avec…

  • des visios mensuelles pour échanger sur nos problématiques (le premier lundi de chaque mois à 15h).
  • l’animation et la modération de la mailing coworking france, groupe ouvert comptant près de 150 membres.
  • l’organisation d’une version béta d’une conférence française du coworking, le Coworking Weekend en septembre à Paris.
  • l’accueil ou la participation individuelle au « Tour de France du télé-travail » (11 étapes).

Les réseaux de coworking se structurent à l’étranger et les acteurs français devraient s’en inspirer. Pas question que cela devienne une lutte de pouvoir ou qu’on transforme le mouvement en un truc d’intellos rempli d’ayatollahs. Pas question non plus d’un label ou d’une bataille sans fin contre les business centers et autres pépinières : cela serait une perte de temps, laissons-les se définir par rapport à nous. Ils nous rendent toujours plus crédible dans notre action emprunte d’innovation sociale ouverte.

La pollinisation des territoires est en marche. Plusieurs régions sont en pointe sur la question du « travailler autrement » : l’Aquitaine et son consortium Tiers-Lieux, l’île-de-France et son appel à projets régional « télécentres et espaces de coworking », la Région PACA et PACA Labs. La prochaine Conférence Coworking France devrait avoir lieu au printemps en province. D’ici là, nous avons une autoroute pour avancer, mutualiser, échanger, développer le mouvement français. Il n’y a pas de réponse idéale mais une réponse qui conviendra aux pionniers du mouvement, que cela soit un collectif, une asso ou autre chose. Ce que nous voulons : faire communauté ! Ce que nous visons : la durabilité ! Notre moteur : la confiance…la suite, au début de l’année 2013 !

Source : http://www.brunomartin.co/2012/12/25/au-fondement-du-coworking-et-du-reseau-des-cantines/

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