Après Saint-Etienne, Strasbourg et Bordeaux, le Tour de France du télétravailune opération organisée par Zevillage, LBMG Worklabs et OpenScop, en partenariat avec le Fil AFP Liaisons Sociales, a posé ses valises, les 24 et 25 juin, sur le parvis du quartier d’affaires de La Défense (Hauts-de-Seine). L’occasion d’un plaidoyer pour le télétravail.

Oui, il existe bien une alternative à la conception très française du travail. C’est en tout cas le message que les organisateurs et les experts, présents ce mardi 24 juin à l’étape francilienne du “Tour de France du télétravail”, ont tenté de faire passer. Comme un symbole : cette grande tente éphémère modulaire, lieu d’accueil des débats, que les organisateurs du “Tour de France du télétravail” ont érigé au cœur de l’esplanade de La Défense, à proximité des sièges sociaux des grandes majors du tertiaire. Une poche de résistance, en quelque sorte.

Jean-Christophe Brochet (GDF-Suez IT), Eric Blanchet (Adapt), Damien Lebret (CGET) et Francis Bergeron (SGS Group) au Tour de France du télétravail à La Défense
Jean-Christophe Brochet (GDF-Suez IT), Eric Blanchet (Adapt), Damien Lebret (CGET) et Francis Bergeron (SGS Group) au Tour de France du télétravail à La Défense.

Car si, comme le souligne Xavier de Mazenod, fondateur du site Zevillage et co-organisateur de cette manifestation, 17 % de la population active travaille à distance, le télétravail, qui est pourtant entré dans le Code du travail en 2012 à la faveur de la loi Warsmann, n’est pas encore totalement entré dans les mœurs des organisations des secteurs public et privé. Principal frein : les us et coutumes managériaux hexagonaux, martèle Nicole Turbé-Suetens, experte et consultante sur le sujet.

Les lignes bougent pour le télétravail

Mais les lignes bougent. Les temps de transport harassants dans les grandes agglomérations ou très coûteux dans les zones rurales, la prise en compte énergétique et environnementale, le nombre important du bureaux inoccupés (selon une étude Regus datant de 2011, le taux d’occupation d’un bureau est seulement de 45 %), la rigidité des organisations pyramidales, la problématique de la conciliation vie personnelle/vie professionnelle, l’attrait de la jeune génération pour des environnements de travail agiles sont autant d’arguments pour le télétravail, qu’il soit pratiqué au domicile (80 % des cas actuellement) ou dans des tiers-lieux (6 %).

« Le mouvement est lancé. Il est impossible de revenir en arrière, assure Nicole Turbé-Suetens, qui conseille bon nombre de PME et de grands groupes. Dans un futur proche, les locaux des entreprises seront des hubs de construction de collectifs, des lieux d’échanges, mais la valeur ajoutée sera réalisée hors des murs de l’entreprise. Il est d’ailleurs démontré que les télétravailleurs font montre de beaucoup plus de créativité et d’adaptabilité ».

1 300 collaborateurs concernés chez SGS Group

DRH de SGS Group (2 700 salariés), une entreprise spécialisée dans la certification et le contrôle, Francis Bergeron a signé avec ses syndicats un accord sur le télétravail en 2011. Mais cette pratique remonte à 1998, lorsque le DRH s’est rendu compte que le télétravail pouvait accompagner la fermeture de certaines agences. « Ces lieux, qui n’accueillaient plus de clientèle, coûtaient très cher à l’entreprise.

Jean-Christophe Brochet (GDF-Suez IT), Jean-François Rio (Fil AFP-Liaisons sociales) et Francis Bergeron (SGS Group)
Jean-Christophe Brochet (GDF-Suez IT), Jean-François Rio (Fil AFP-Liaisons sociales) et Francis Bergeron (SGS Group) lors de l’étape de La Défense du #TourTT

 

De plus, de nombreux salariés télétravaillaient déjà de manière occasionnelle. Dès lors, nous avons décidé d’étendre ce mode d’organisation. Au départ, cette idée me semblait saugrenue. Aujourd’hui, le télétravail fait partie intégrante de la vie de notre entreprise avec 1 300 collaborateurs concernés ».

Evolution des organisations

Si le télétravail peut être un levier pour l’emploi des personnes handicapées, comme le croit Eric Blanchet, directeur de l’Adapt, une association d’aide à l’insertion sociale et professionnelle de cette population, il peut aussi accompagner l’évolution des organisations. Entreprise née début 2013 suite à la fillialisation des activités informatiques de GDF Suez en France et en Belgique, GDF Suez IT (700 salariés) s’apprête à franchir le pas. Son DRH, Jean-Christophe Brochet va prochainement entamer des discussions sur ce sujet avec ses partenaires sociaux.

« Le télétravail est un des piliers du volet qualité de vie au travail du plan de transformation de notre entreprise. Cela suppose une profonde analyse en amont et la remise en cause des certains dogmes. Par exemple, notre système de rémunération récompense encore trop le présentéisme », indique-t-il. Sa seule crainte : que les syndicats ne soient pas moteurs dans la négociation. « Nous devrons les convaincre et leur accorder d’autres moyens de diffusion de l’information syndicale », admet Jean-Christophe Brochet.

(Pour le Fil AFP-Liaisons sociales)