« Innover ou mourir » est une injonction souvent entendue dans le monde de l’entreprise. Mais l’innovation ne se décrète malheureusement pas. Et Allons même plus loin : a-t-elle encore un sens si elle est isolée au sein d’une entreprise ?

Un petit retour d’abord sur ce qu’est l’innovation. Elle est rarement une idée géniale mise au point par un professeur Nimbus dans un laboratoire de la cellule Recherche & Développement de l’entreprise. La plupart du temps une innovation est une amélioration d’un produit ou d’un processus existant, la rupture avec un mode de commercialisation, un détournement d’usage.

L’innovation n’est pas forcément une invention, donc, et elle peut être progressive, « incrémentale » et pas forcément de « rupture ». Ses contours sont bien définis dans un document appelé le Manuel d’Oslo publié en 1992.

Un peu de méthode pour l’innovation

Innover est à la portée de toutes les entreprises. Et s’il n’existe pas de recette pour innover, il est utile de s’appuyer sur les méthodes existantes, qui nécessitent notamment de faut mettre en place un peu de méthode et il faut tenir compte de ses moyens humains et financiers. Que l’on soit TPE ou grande entreprise, les grandes lignes de la méthode est sont les mêmes :

  1. réaliser l’état des lieux de ses moyens, forces et faiblesses
  2. faire émerger des idées innovantes
  3. retenir uniquement les idées compatibles avec ses moyens.

Une démarche que l’on retrouve clairement expliquée dans cette vidéo :

La Direction générale des entreprises (ex-Dgcis) de Bercy a édité en 2012 un petit manuel intitulé Osez l’innovation (90 p. à télécharger). Il explique bien la démarche pour innover dans les services : pas d’innovation sans ouverture d’esprit, benchmark et rencontres, confrontation de ses idées, observation des attentes du marché. On y retrouve aussi le témoignage inspirant de 20 PME dont Acadomia, BlaBlaCar, Convers, Edenred, Leetchi ou FaberNovel.

Comment innover pour trouver… des idées d’innovation

Les idées sont évidemment au centre du processus d’innovation. Mais elles sortent rarement d’un seul cerveau.

Pour trouver des idées, l’innovation collaborative ou l’innovation ouverte sont des pratiques qui s’étendent et se banalisent rapidement au sein des entreprises.

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Cette innovation ouverte associe les parties prenantes comme les salariés, les clients ou d’autres partenaires au processus. Et d’ailleurs, l’innovation ouverte ne s’oppose pas forcément aux éventuels processus d’innovation « fermée » émanant de l’entreprise elle-même.

L’innovation ouverte est surtout connue par ses méthodes de production d’idées. Le brainstorming modernisé grâce à des méthodes d’animation, le design sur la base de l’expérience utilisateur (UX design) qui a fait le succès de l’innovation de marques comme Apple, soucieuse de l’opinion du client, de « l’utilisabilité » de leurs produits et de la qualité du design et des détails. Apple n’a pas inventé le smartphone mais il a inventé l’iPhone qui a révolutionné la téléphonie mobile et est resté longtemps leader des ventes de téléphones portables.

Un peu de friction ne nuit pas

Dernier point, central pour manager ses projets d’innovation. Comme le disait Louis Pasteur, « Souvenez-vous que dans les champs de l’observation le hasard ne favorise que les esprits préparés. ».

Se préparer c’est connaître son sujet d’intérêt sur le bout des doigts. C’est veiller, lire, écouter, rencontrer des gens, éventuellement participer à des learning expeditions. Mais, avant tout, c’est confronter ses idées à la réalité comme on l’a vu avec l’open innovation. Et c’est se frotter à des avis divergents et à des personnalités différentes avec des regards qui ne sont pas les nôtres.

Faut-il vraiment se lancer dans l’innovation ?

Plutôt que d’essayer d’innover le mieux possible dans son entreprise, on pourrait se demander si, finalement, manager l’innovation en interne est une bonne idée.

Dans l’ancien monde, on innovait grâce à une cellule Recherche & Développement dans l’entreprise. Le résultat était directement lié aux moyens que l’on consacrait à cette R&D.

Puis, face à l’irruption, souvent disruptive, de start-ups dans tous les secteurs, les certaines entreprises ont constaté qu’il était plus simple de mettre en place une veille des innovations des autres et de racheter ces start-ups qui innovaient à leur place. Et, ainsi, d’acquérir des compétences et des résultats. Google est emblématique de cette stratégie d’acqu-hire avec le rachat de plus de 220 entreprises depuis 2001.

Mais racheter des entreprises peut se révéler coûteux. Aussi, pour pouvoir investir tôt dans les start-ups, certaines entreprises développent des stratégies d’incubation de jeunes pousses de leur secteur d’activité comme l’accélérateur de Ouest-France ou l’incubateur de TF1 à la Station F, ou hors de leur secteur avec des centres d’intérêt plus larges comme le réseau des Village by CA du Crédit agricole.

Prendre l’air pour innover

Mais toutes les entreprises n’ont pas les moyens financiers ou humains de déployer de telles stratégies et de tels investissements. Celles-là gagneront à pratiquer une innovation ouverte et collaborative comme on l’a vu plus haut.

Pour cela, rien de tel que de fréquenter des lieux modulaires et modulables, des espaces de travail partagé, où l’on rencontre de l’altérité, des lieux qui mélangent les expertises, les équipes, l’interne et l’externe. De là pourra naître l’innovation.

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