Entretien avec Marlène Schiappa, fondatrice de Maman travaille, réseau de mères actives, présente l’action de son association au service de la vie quotidienne des mamans. Dont une proposition en faveur du développement du télétravail.

Marlene Schiappa - Maman travaille
Marlene Schiappa du blog Maman travaille

Zevillage : Peux-tu te présenter en quelques lignes ?
Marlène Schiappa : 28 ans, une fille de 4 ans. Directrice éditoriale d’une agence de presse, entrepreneuse et fondatrice de “Maman travaille“, le 1er réseau de mères actives; membre de plusieurs associations et jury de concours liés à l’entrepreneuriat féminin (Power Starter de Cyber Elles, Prix de l’Entrepreneuse…)

Zevillage : “Maman travaille”, c’est quoi au juste ? Un blog, un réseau, un portail… ? Tout ça à la fois ?
Marlène Schiappa: Bonne question ! Initialement, c’était un réseau pas au sens réseau social, 3.0 etc, mais au sens groupement de personnes mues par des intérêts communs, en l’occurrence la conciliation carrière / maternité.

Puis j’en ai fait un blog pour avoir un point de rendez-vous et matérialiser ce réseau, en 2008. Aujourd’hui, ce blog est animé par une équipe, et diffusé par Yahoo! qui nous permet de faire connaître le réseau…

Le réseau Maman travaille que je pilote organise régulièrement des soirées, débats, événements, rencontres… et agit comme un mini-lobby: nous avons établi 10 propositions pour une meilleure conciliation vie pro / vie de famille et nous les faisons connaître aux pouvoirs publics (secrétariat d’Etat à la famille, Mairie de Paris, ministère du travail ou de l’économie numérique…) et aux entreprises (nous allons régulièrement à la rencontre de DRH).

Avec des membres piliers de ce réseau, dont entre autres Stéphanie Will et Céline Louchart Arga, nous avons transformé ce réseau informel en association loi de 1901, ce qui va nous permettre de monter un gros événement début 2012, auquel nous travaillons depuis plusieurs mois avec une quinzaine de mères actives.

Zevillage : D’où t’es venue l’idée de lancer le site, au départ ? Une anecdote, un coup de gueule… ?Marlène Schiappa : Il existait de nombreux sites ou réseaux dédiés aux femmes professionnelles d’un côté, et beaucoup de blogs ou associations de mères, mais rien qui ne fasse le lien entre les deux, comme si on devait choisir, dans la vie, entre être mère ou professionnelle. Or, dans mon entourage, notre principal sujet de préoccupation était celui-ci: comment concilier à la fois un travail et des enfants sans devoir cacher l’un ) l’autre et devenir schizophrène ?

Selon toi, quelles sont les principales problématiques, les dilemmes auxquels les mamans doivent faire face aujourd’hui ?

L’organisation du temps d’abord, de nombreuses expertes comme E. Badinter se sont élevés pour contester notre système basé sur le présentéisme, qui n’améliore pas la productivité, mais aussi et surtout les modes de garde. Il manque des centaines de milliers de places en crèche, ce qui amène parfois les mères à stopper ou diminuer leur activité professionnelle…

Par ailleurs, l’implication des pères est réellement freinée par les entreprises, qui ont assimilé que les mères peuvent prendre une journée enfant malade, mais se reportent sur les pères… Dans ce contexte la proposition de Brigitte Grésy ou même de Laurence Parisot d’un congé paternité allongé nous semble une piste à explorer !

Zevillage : Quelles sont les évolutions majeures que tu as pu noter au cours de ces dernières années dans la vie quotidienne des mamans ?
Marlène Schiappa : La naissance des observatoires (de la parentalité, de la responsabilité sociale des entreprises…) avec des objectifs louables et, pour le premier, des résultats mitigés. Mais plus généralement, un accroissement de la pression de toute part: pression au travail pour des raisons de contexte économique que l’on connaît et pression à la maison avec une image de “bonne maternitude” de plus en plus caricaturale; avec un risque de burn out ou d’épuisement de plus en plus fort.

Mais aussi le développement des approches alternatives du travail après une maternité avec plus ou moins de bonheur: mompreneurs (mères et entrepreneuses), free-lance, faux congé parental déguisé (le parent au foyer en théorie fait en réalité diverses missions rémunérées tout en gardant ses enfants)…

Malheureusement, sur bien des aspects, ça n’évolue pas vraiment (80% des tâches ménagères, taux d’activité des femmes en baisse à la naissance du deuxième enfant…)

Zevillage : Si je te dis “Maman travaille” et télétravail, ça t’inspire ?
Marlène Schiappa : L’une des propositions de Maman travaille concerne le télétravail, justement: nous voulons inciter les entreprises à en développer la possibilité. Pas forcément le généraliser systématiquement, mais laisser le choix aux salariés via des outils pratiques et concrets, et le populariser auprès des entreprises. C’est épuisant de devoir argumenter à chaque fois que l’on veut travailler de chez soi et que l’on sait que ça ne changera rien à la quantité ni à la qualité du travail effectué, et les outils numériques sont suffisamment développés pour permettre à tous de s’y retrouver.

J’avais posé la question à Eric Besson lors du dîner de “blogueurs et acteurs du numérique” entre guillemets, début mars. Eric Besson m’avait répondu qu’il n’avait pas d’infos à ce sujet, du coup son cabinet lance une grande étude sur le télétravail.

Zevilllage : Un livre sort bientôt, je crois. Tu peux nous en parler ? Une info exclusive pour Zevillage ?
Marlène Schiappa : Oui, le livre s’intitulera Maman travaille aux éditions First. C’est un guide de 250 pages environ issues de la réflexion, des actions menées via Maman travaille et des témoignages recueillis depuis 2007. C’est le premier guide concret sur le thème de la conciliation vie pro / vie familiale en France, j’espère qu’il ouvrira la voix à beaucoup d’autres.

Au-delà de mes propres textes, on y retrouve de nombreux conseils de mères actives, chiffres, bonnes pratiques de l’étranger ou de France, pistes de réflexion et interventions d’experts. L’idée n’est pas de livrer du prêt-à-penser mais au contraire de faire part de ce qui existe pour permettre à chacune de trouver son propre chemin.

La forme est assez légère, girly diraient certains, avec une couverture violette et des illustrations drôles et intelligentes de Nathalie Jomard du blog Grumeautique. Le ton est accessible et proche, avec des tests ou des anecdotes pour dédramatiser le tout et rendre le guide accessible au plus grand nombre, ce qui n’empêche pas de poser des questions de fond plus profondes sur la politique publique, la médecine du travail ou l’égalité des sexes. La préface est signée Nadia Daam que tout le monde connaît, je crois.