Dans une note de service du DRH Jacky Reses révélée par AllThingsD, Yahoo a mis fin en début de semaine au télétravail dans l’entreprise. “La rapidité et la qualité sont souvent sacrifiées quand nous travaillons de la maison” explique le mémo. “Nous devons être un seul Yahoo!, et cela commence en étant physiquement ensemble“. Le management de Yahoo! serait-il devenu stupide ? 

En tout cas, cette décision de Yahoo! fait l’unanimité contre elle, sur le Web et dans la presse. En France, Le Huffington Post, Atlantico, ou Le Figaro s’étonnent de ce choix managérial. Rue 89 pèse le pour et le contre. Et Le Nouvel Observateur accuse même le PDG Marissa Mayer de pénaliser les mamans qui travaillent et de ne plus être féministe ! Elle qui avait annoncé sa grossesse le jour de sa nomination chez Yahoo! !

Aux Etats-Unis les réactions sont tout aussi vives. Les commentaires sur le site du Wall Street Journal résument bien l’état d’esprit des lecteurs : on a testé le télétravail et cela fonctionne. Matt Mullenberg, fondateur de l’outil de publication WordPress, ironise dans les commentaires de AllThingsD : “Pour ceux qui aiment travailler de leur maison où que ce soit dans le monde et qui sont intéressés pas WordPress, Automattic [NDLR : la société éditrice] est entièrement engagée dans le télétravail. 130 de nos 150 salariés ne sont pas à San Francisco“.

Liberté du lieu de travail

Sur son blog, Richard Branson, le charismatique patron de Virgin, s’étonne de cette “régression” et plaide pour le télétravail dans un article intitulé Donnez aux gens la liberté de travailler où ils veulent. “Si vous fournissez la bonne technologie pour rester en contact, si vous maintenez une communication régulière et gardez le bon équilibre entre travail à distance et travail au bureau, les gens seront motivés pour travailler de manière responsable, rapidement et avec qualité“. Et toc.

Une chose est certaine, Marissa Mayer n’est pas stupide. Alors, pourquoi cette décision ? Officiellement, les abus des télétravailleurs seraient à l’origine de la décision. Mais surtout l’entreprise affirme vouloir se concentrer en un même lieu pour créer une dynamique.

Une stratégie qui a plutôt bien réussi à Facebook et à Google (célèbre pour son GooglePlex), deux géants qui ne pratiquent pas le télétravail mais ont opté pour le campus tout confort. Tout est fait au bureau pour faciliter la vie des salariés pour qu’il y restent le plus longtemps possible. Marissa Mayer a elle-même donné l’exemple en faisant aménager après son accouchement un espace pour bébé dans son bureau. Un modèle d’organisation qu’elle avait pu expérimenter lorsqu’elle travaillait… chez Google.

Plus cyniquement, Yahoo! est soupçonné de vouloir pousser dehors les salariés qui refuseraient l’arrêt du télétravail. Un “dégraissage” sournois ?

Le déclin de Yahoo! ?

Et si cette politique jacobine, cette concentration de l’activité en un seul lieu était le dernier avatar du déclin de Yahoo! ? “Se faire yahooiser” est devenu une expression pour désigner une entreprise qui a loupé le virage technologique, sociétal et business. Menace qui pèse d’ailleurs aussi sur Facebook et sur Google.

Quel que soit l’angle sous lequel on observe la décision de Yahoo!, le rejet du télétravail est décidément un symptôme de malaise :

  • soit l’impuissance de management à gérer les télétravailleurs révèle un gros souci d’organisation (maîtrisable ?)
  • soit le downsizing hypocrite trahit une difficulté de gestion des effectifs
  • soit la recentralisation des effectifs au siège traduit une fermeture de l’entreprise.
L’avenir semble être aux entreprises ouvertes qui pratiquent la collaboration en réseau, qui font confiance à leurs salariés comme le rappelle Richard Branson (voir plus haut). Plus qu’aux entreprises fermées qui entretiennent une culture du présentiel et du contrôle. La fin du télétravail pour Yahoo!, s’il se confirmait, pourrait bien être le symptôme d’une nouvelle erreur stratégique.

 

 

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