La 6e édition de RuraliTIC a marqué une rupture dans les discours sur l’aménagement numérique du territoire. A Aurillac, pendant 2 jours, les 31 août et 1er septembre, on a vu monter les exigences des territoires ruraux pour leur aménagement numérique. Et donc pour leur développement.

Tout a commencé par un témoignage vidéo enregistré du ministre Eric Besson (hommage involontaire au télétravail) qui annonçait que « 100% des foyers seront éligibles au très haut débit par fibre optique d’ici… 2025 ». Objectif jugé trop lointain et peu ambitieux par beaucoup de participants.

En dehors des plénières et des ateliers souvent passionnants où l’on parlait aménagement numérique mais aussi usages du très haut débit, quelques événements ont cristallisé la colère et l’impatience des élus et des acteurs ruraux présents.

La fibre optique ici et maintenant

L’enquête menée cet été par l’Association des maires ruraux de France (AMRF) et présentée à RuraliTIC marque bien la prise de conscience des élus locaux. Là où le ministre parle de 2025, près de 95 % de l’échantillon considère que l’arrivée du très haut débit dans leur commune doit être possible au plus tard en 2016.

95% des maires ruraux veulent la fibre optique avant 2016

Enquête étonnante qui révèle que les maires ruraux pensent que le très haut débit est l’investissement prioritaire au service de l’économie. La construction d’un réseau très haut débit arrive très largement en tête des priorités d’investissements, respectivement devant l’école, le réseau routier, la téléphonie mobile et la construction de maison médicale !

Le mémorandum des 7

Le 2e fait marquant de la fronde des ruraux s’est traduit par le mémorandum de 7 collectivités emmenées par le sénateur Leroy (Moselle). Dans une conférence de presse « sauvage » tenue le 31 août dans un hôtel voisin du centre des congrès d’Aurillac, le sénateur s’est fait le porte parole de 7 collectivités locales à l’origine d’un réseau d’initiative public de promotion du FTTH :

  • Ardèche-Drôme numérique
  • CG de la Moselle
  • Dorsal (Limousin)
  • Manche numérique
  • Niverlan (Nièvre)
  • SIPPEREC (périphérie parisienne)
  • Syane (Haute-Savoie).

 

Ce plaidoyer veut replacer les collectivités au coeur de l’aménagement numérique pour qu’elles jouent leur rôle de garantes de la neutralité des réseaux (voir aussi les réactions de Jean-Michel Billaut).

Des tuyaux et surtout des hommes

Cette prise de conscience collective ne doit pas masquer les autres aspects de RuraliTIC dont les très nombreux témoignages et présentations d’usages innovants des collectivités (dont ceux cités dans le guide publié par la mission Ecoter).

Car la finalité du très haut débit est bien de favoriser le développement d’usages avancés de l’Internet et de donner aux habitants des campagnes un accès à des services économiques, culturels, sociaux ou administratifs auquel ils n’accèdent pas aujourd’hui.

Des usages qu’a rappelé Pierre Ygrié des Webs du Gévaudan dans une présentation remarquée (et qu’il développe dans cet article).

Ou encore le géographe Jean-Pierre Jambes (cheville ouvrière du FTTH à Pau) pour qui il faut ne pas oublier de parler de services pour le public et pas seulement de tuyaux.

Pour ne plus être frustrés lors du prochain RuraliTIC

Un édition de RuraliTIC très riche mais un peu frustrante quand même. Des rencontres et des échanges hors sessions passionnants mais des tables-rondes et des ateliers qui laissent sur leur faim.

Trop de participants (14 + 9 participants en 1h30 est-ce vraiment efficace ?) ou des ateliers mal préparés avec des exposés similaires diminuent l’apport et l’intérêt des sessions (pour ma part j’ai été bien servi : l’animateur de notre atelier sur les télécentres nous avait réuni le matin pour coordonner les interventions).

Quitte à faire des politesses politiques et à encombrer les estrades pour ne pas refuser d’orateurs, RuraliTIC pourrait évoluer vers un mélange de plénières et de barcamps. Les échanges seraient mieux capitalisés, plus profitables aux participants qui ne participent que peu pour l’instant.

En tout cas vous l’avez compris, malgré ces petits défauts, cette édition de RuraliTIC marque le début d’un virage dans l’aménagement numérique du territoire.

Amis de la campagne, il est temps de ressortir nos cyber-fourches !

Aller plus loin

Voir les échanges sur Twitter qui donnent la température de RuraliTIC. Pas facile de bloguer ou de twitter live d’ailleurs, le Wi-FI de France Telecom (gros sponsor des rencontres) « tombait » régulièrement. Aménagement numérique vous dis-je…