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Faut-il enseigner le poker et la politique en école de management ?

Hasard des lectures, je trouve ce matin deux articles décapants à propos du management qui proposent de faire évoluer la formation des managers. Pour leur apporter les bénéfices engendrés par la pratique du poker pour le 1er auteur et pour en finir avec les lourdeurs des chaines hiérarchiques (« l’empilement de tortues« ) pour le 2nd.

joueur de poker

Isabelle Barth est professeur des universités en sciences de gestion et directrice générale de l’EM Strasbourg Business School. Elle tient un blog dans lequel elle vient de publier un article au titre provocateur : Nous apprenons aux étudiants à jouer aux échecs alors qu’ils devront s’asseoir à des tables de poker.

Pour elle, dans cet article – très sérieux -, des excès ou des dévoiements du principe de management d’agilité peuvent conduire à «  l’entreprise éclatée « . Or, explique Isabelle Barth, les managers ne sont pas formés pour manager dans ce contexte incertain et mouvant.

 » Dans l’entreprise éclatée, les qualités valorisées aux échecs, comme les règles transparentes, l’anticipation, la vision stratégique, la gestion du temps, l’interactivité, la réflexion, et même l’intuition raisonnée … ne suffisent plus détaille-t-elle. Il faut apprendre à valoriser d’autres compétences qui relèvent d’un autre type de jeu : le poker « .

Ce qui l’intéresse ce n’est pas l’univers du poker mais le jeu et les qualités qu’il suppose :

  • savoir prendre des risques
  • savoir gérer ses émotions
  • savoir lire le jeu adverse
  • savoir gérer ses ressources
  • savoir garder la « poker face »
  • savoir rester optimiste
  • savoir se remettre en question 
  • savoir apprendre de ses erreurs.https://philippesilberzahn.com/2016/04/11/tortues-managers-coupables-mais-pas-responsables-manque-innovation/

Reste l’enjeu de mobilisation de ces compétences à l’école…

Le poker viendra-t-il à bout des tortues dans le management ?

Dans le 2nd article trouvé ce matin, Philippe Silberzahn, entrepreneur, professeur d’entrepreneuriat, de stratégie et d’innovation à EM Lyon Business School et chercheur associé à l’École Polytechnique (CRG), s’attaque à la perte d’autonomie des cadres qui engendre des difficultés à innover.

Son titre ésotérique, Des tortues jusqu’en haut: Les managers coupables, mais pas responsables du manque d’innovation, est emprunté à une anecdote d’un livre de Stephen Hawking : la terre reposerait sur un empilement de tortues !

Philippe Silberzahn y explique comment le manque d’innovation, souvent causé selon lui par par la chaîne hiérarchique qui ne pousse pas à l’autonomie ni à la prise de risque. Toute la chaîne avance la même explication à la paralysie des projets : « Ce n’est pas de ma faute, c’est au-dessus de moi que ça bloque. Je voudrais bien, mais mon chef me noie sous les tâches de contrôle et je n’arrive pas à sortir la tête hors de l’eau« .

Comme Isabelle Barth, il fait remonter la cause du problème à la formation initiale qui ne prépare pas les futurs managers, non pas au poker, mais au « sens politique« . Les managers pourraient contourner la chaîne hiérarchique s’ils possédaient ce sens poltique :  » Le problème est que ces managers viennent pour la plupart d’écoles de commerce ou d’ingénieurs, dans lesquelles ils ont reçu une éducation dépolitisée, qui leur a présenté l’organisation comme une machine calculatoire déshumanisée analyse Philippe Silberzahn. Ils ont donc développé une version à la fois naïve (si je fais bien mon travail tout ira bien) et cynique (de toute façon je n’y peux rien) de leur fonction. Je suis toujours frappé de l’inculture politique de managers par ailleurs brillants « .

Et tout naturellement il donne la solution à ce problème : « La reconquête du management par les managers passe par le développement d’une culture politique« .

À propos Xavier de Mazenod

Fondateur de la société Adverbe spécialisée dans la transition numérique des entreprises et éditeur de Zevillage.
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